Anders Behring Breivik, assassin norvégien
de Viviane Janouin-Benanti

ISBN : 978-2-37885-148-4
Livre broché à 12 € chez Amazon, ebook à 3,99 chez 3E éditions
Anders Behring Breivik et Utøya : comprendre les attentats du 22 juillet 2011 à travers Terreur suprémaciste
Le 22 juillet 2011 restera comme l’une des journées les plus tragiques de l’histoire contemporaine de la Norvège. Ce jour-là, Anders Behring Breivik frappe d’abord Oslo, avant de rejoindre l’île d’Utøya où se tient l’université d’été des jeunes travaillistes.
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Dans Terreur suprémaciste – Anders Behring Breivik, assassin norvégien, Viviane Janouin-Benanti choisit de revenir sur ces événements sous la forme d’un roman criminel inspiré de faits réels. Le livre précise dès son ouverture que les dialogues attribués aux extrémistes s’inspirent d’écrits, de déclarations et d’entretiens néonazis, tandis que les propos prêtés à Breivik sont fictifs, mais construits en cohérence avec son manifeste, ses échanges sur les réseaux sociaux et ses entretiens. Ce choix permet à l’autrice de ne pas seulement raconter ce qui s’est produit. Il lui permet surtout d’opposer deux trajectoires qui vont finir par se rencontrer tragiquement.
Utøya avant le massacre : une jeunesse tournée vers l’avenir
Le roman s’ouvre sur l’île d’Utøya.
Les jeunes qui y sont réunis parlent bien sûr de politique, de pluralisme, de solidarité et de démocratie. Mais ils pensent également à des choses beaucoup plus ordinaires : réussir leurs études, choisir un métier, tomber amoureux, voyager, faire plaisir à leurs parents ou simplement profiter de leurs vacances.
C’est une jeunesse pleine de projets.
L’un rêve de travailler un jour pour l’ONU. Une autre veut exercer un métier traditionnellement considéré comme masculin. Un jeune musulman se demande si la fille qui lui plaît partage ses sentiments. D’autres imaginent un voyage dans le Grand Nord, une carrière politique, un mariage ou une soirée musicale.
Tout respire l’insouciance.
Et c’est précisément ce qui rend le début du livre inquiétant.
Le lecteur sait ce que les personnages ignorent : quelques heures plus tard, leur univers va s’effondrer.
Certains jeunes considèrent même l’extrême droite comme tellement marginale qu’elle ne leur paraît pas représenter une menace sérieuse. L’un d’eux rit lorsqu’on lui parle de sa progression et estime ces groupes trop minoritaires pour être dangereux.
Cette certitude de vivre dans un espace protégé devient l’un des ressorts les plus tragiques du roman.
Anders Behring Breivik : de l’idéologie au projet criminel
En parallèle, le récit nous entraîne dans un univers radicalement différent.
Breivik échange sur Internet, développe sa vision du monde et désigne progressivement ceux qu’il considère comme responsables du déclin de la Norvège : musulmans, multiculturalistes, responsables politiques travaillistes.
Il ne se présente plus simplement comme un homme ayant des opinions extrêmes. Il se persuade peu à peu qu’il serait investi d’une mission.
Dans ses échanges fictifs, le personnage affirme que la démocratie ne peut plus régler ce qu’il considère comme un problème. Il se voit comme un combattant, un croisé moderne, un Templier chargé de régénérer son pays.
Le roman montre ainsi comment le vocabulaire change.
Les adversaires deviennent des « traîtres ».
La politique devient une guerre.
La violence devient une mission. Et le meurtre finit par être présenté, dans l’esprit du terroriste, comme un moyen légitime.
Lorsque la menace devient concrète
À mesure que le récit avance, les déclarations de Breivik ne relèvent plus seulement du fantasme.
Il accumule du matériel, des armes et des explosifs. Il utilise notamment sa ferme, Breivik Geofarm, comme couverture pour certains achats. Il rassemble également des adresses électroniques auxquelles il envisage d’envoyer son manifeste après son opération.
La préparation devient méthodique.
Le roman met alors en parallèle deux réalités.
À Utøya, les jeunes pensent au lendemain.
Ailleurs, un homme organise leur mort.
Ce procédé narratif installe une tension particulièrement efficace parce que le lecteur connaît l’issue historique. Le suspense ne vient pas de l’incertitude sur ce qui va se produire. Il vient de l’attente.
Quand le danger va-t-il arriver ?
Quand les jeunes comprendront-ils ?
Le 22 juillet : Oslo, puis Utøya
Breivik prépare son équipement, notamment des armes, des munitions et une tenue portant l’inscription « POLITI ». Une bombe explose près des bâtiments gouvernementaux d’Oslo. Huit personnes sont tuées. Il se dirige ensuite vers Utøya.
Sur l’île, les jeunes apprennent l’attentat d’Oslo avec stupéfaction.
Mais plusieurs d’entre eux éprouvent aussi un sentiment de sécurité : ils sont loin de la capitale, entourés d’eau. L’île paraît être l’endroit où rien ne peut arriver.
Puis arrive un homme habillé en policier.
On pense qu’il est là pour protéger le camp à la suite de l’attentat.
On l’aide même à descendre son matériel du ferry.
Mais le policier est un faux.
Le roman transforme alors ce qui symbolise normalement la protection en instrument de terreur.
Les premiers coups de feu retentissent.
Certains jeunes ne comprennent pas immédiatement ce qui se passe. Ils imaginent un chasseur. Puis ils voient un homme armé tirer dans leur direction.
Le refuge devient un piège.
Au-delà de Breivik : les victimes
La singularité de Terreur suprémaciste tient pourtant à ce qui vient après.
Le roman refuse que le terroriste occupe tout l’espace.
Il revient longuement vers les victimes : leur prénom, leur âge, leur caractère, leurs qualités, les projets qu’elles auraient pu réaliser.
Kevin avait quinze ans. Porntip en avait vingt et un. Torjus dix-sept. Ruth Benedichte quinze. Ismail vingt. Le texte rappelle leur jeunesse, leur générosité et les vies qu’ils avaient encore devant eux.
Le bilan rappelé par le roman est terrible : 77 morts et de nombreux blessés, auxquels s’ajoutent les traumatismes durables des survivants et des familles.
Mais Terreur suprémaciste invite précisément à dépasser le nombre.
Car derrière 77 victimes, il y avait 77 existences.
C’est peut-être là que réside l’idée centrale du livre : l’Histoire retient le nom du criminel ; la littérature peut contribuer à restituer celui de ceux qu’il a voulu effacer.
Terreur suprémaciste – Anders Behring Breivik, assassin norvégien
Viviane Janouin-Benanti – 3E Éditions – 288 pages
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Site de l'auteur : Histoires Vraies / Romans criminels