Jolies princesses et belles fripouilles

de Jean-Paul Grellier

3E éditions, ISBN : 978-2-37885-016-6

Site de l’auteur : http://jp.grellier.romans.free.fr/

La prostitution consiste à fournir un échange sexuel et du plaisir contre des euros. Et le racolage en prime. Environ 20 000 prostituées vendent leur corps en France, sans compter les non déclarées.
C’est ainsi qu’à La Rochelle est né un polar palpitant, qui entre la sortie sud direction Rochefort, Royan, Bordeaux, nous entraîne non loin des falaises d’Aunis et au final en Hollande.
Un noyé est assassiné à coups de couteau pour l’aider à passer de vie à trépas. Une fonctionnaire de Poitiers, fraîchement diplômée de l’ENA, aimerait bien trouver le coupable. Mais, Stanislas Godery, le fringant commandant de la PJ de La Rochelle voudrait bien la doubler.
Aytré, Saint-Martin-de-Ré, ça nous change de Paris, le crachin atlantique…
Tout finira par s’éclaircir, on ne s’ennuie pas dans la police. En France et en Hollande non plus.
Par-dessus le marché, une princesse laotienne n’avoue pas ses titres.
Et on navigue dans le quartier du temple, au côté de Nicolas Labattut sur sa grosse moto Kawasaki 500 cm³. C’est une autre La Rochelle que l’on découvre, loin de celle des touristes et des clichés.
L’intrigue proposée par Jolies princesses et belles fripouilles de Jean-Paul Grellier se dévore, un vrai gâteau de Noël. Et pourtant rien n’est simple, il y règne même un joyeux désordre. Le style nous rapproche des Rochelais et de la gourmandise des huîtres et des calamars. On se trouve en présence d’un roman presque comestible.
Divinement comestible.
Et par-dessus tout ça, le bleu de la mer et du ciel qui surplombe les tours de l’entrée du port de La Rochelle. Ce bleu qui nous fait cligner des yeux, tant on se demande si on ne rêve pas.
Oui, Jolies princesses et belles fripouilles de Jean-Paul Grellier est un beau rêve éveillé, tellement agréable à lire.
On veut oublier le Covid-19 et les résultats quotidiens des morts, dont on aspire, ô combien, à ne plus entendre parler, on veut arrêter de faire des cauchemars, on veut dormir tout simplement, pour revivre ensuite.
Jolies princesses et belles fripouilles, c’est comme une bonne confiserie des fêtes, une confiserie qu’on suce avant de s’endormir pour rêver d’une suite à donner au roman de Jean-Paul Grellier. On la suce sans se presser, bien qu’on sache que c’est interdit après le lavage de dents. Eh oui, c’est comme ça Jolies princesses et belles fripouilles.
Un polar à conseiller contre la déprime du moment, pour éviter les rhumes et le Covid-19.
Au fond, ce serait bien meilleur que le vaccin qu’on veut nous infliger. Un roman policier à La Rochelle contre le Covid-19, il fallait y penser. Il faut choisir, soit écouter les nouvelles stressantes catastrophiques, soit respirer un autre air, l’air du large, le souffle de l’Atlantique qui monte jusqu’en Hollande.
Un beau talent qui plaira aux appétits gourmands, en cet hiver qui approche, allongé dans un fauteuil, alors que le vent commence à souffler à tout déchirer dehors.
L’intrigue est bien menée, et bien malin celui qui découvre le coupable avant le commissaire Stanislas-Xavier Godery d’Arcemale d’Autimont, excusez du peu !
Jolies princesses et belles fripouilles, c’est beau, c’est bon.
Un très bon cru que le dernier polar de Jean-Paul Grellier. On en redemande.

Site de l’auteur : http://jp.grellier.romans.free.fr/

Les Crimes dans la Bible

Tome I : 4 000 à 1 100 avant J.-C.

Genèse, Exode, Juges

3E éditions, ISBN : 978-2-37885-032-6
  • Livre broché à 9,90 euros chez : Amazon 

Une approche passionnante et inédite de la Bible, où ses personnages sont présentés et analysés à travers les crimes qu’ils ont commis ou dont ils ont été victimes. Une relecture surprenante, documentée et fidèle aux textes.

Genèse

Le fratricide de Caïn

Où nous découvrons un Caïn louant l’Éternel du matin au soir, entraînant dans ses prières sa famille (Adam, Ève et Abel) qu’il trouve bien tiède dans son adoration pour leur créateur. De par sa dévotion, Caïn est persuadé qu’il est le préféré de l’Éternel. Jusqu’au jour où il voulut le prouver…

Le crime inconnu de Canaan

Un terrible secret entoure la malédiction de Canaan par le patriarche Noé. Au sortir du déluge il s’est passé quelque chose d’horrible, qui n’a rien à voir avec l’histoire de la prétendue découverte de la nudité du patriarche. Ses petits-enfants en sont persuadés. Les hypothèses qu’ils formulent sont dérangeantes…

Proxénétisme et tentative d’infanticide : Abraham, des crimes à la rédemption

Vie compliquée que celle de Sarah, la femme d’Abraham. Trompée, offerte par son mari aux puissants, tenue dans l’ignorance de la préparation du sacrifice de son fils Isaac, elle semble condamnée à l’immuable domination patriarcale. Pourtant, elle se révolte et, avec l’aide de l’Éternel, accède, au moins par la forme, à l’égalité homme-femme dans le couple.

Viols et incestes : Loth et ses filles

Il est rare qu’une femme viole un homme plus fort qu’elle. Mais quand l’homme est drogué au point de se soumettre à un acte sexuel qu’il aurait repoussé en temps normal, il s’agit bien de viol. Quand ces viols sont perpétrés par les filles de Loth sur leur père, s’ajoute l’interdit de l’inceste. Une histoire qui commence par la destruction de Sodome et Gomorrhe pour se terminer par la naissance de Moab et Ben-Ammi, les deux enfants incestueux.

Tromperies multiples, viol, assassinats : Jacob, sa fille Dinah, ses fils Siméon et Lévi

Jacob, un des trois patriarches de la Bible avec qui l’Éternel avait conclu une alliance, se démarqua dans sa jeunesse par la ruse et les tromperies. Quand il fut lui-même victime de fourberies, il évolua et devint sage.

Le malheur le frappa lorsqu’un étranger enleva et viola sa fille Dinah. Quand le coupable, repentant, se proposa de « réparer » en épousant Dinah, Jacob considéra l’offre. Pas ses fils Siméon et Lévi qui ne pouvait laisser impuni l’affront fait à leur sœur…

Transition

Jacob, qu’on nommait désormais Israël, eut douze fils, de ses deux femmes (Léa et Rachel), et de ses deux concubines (Bilha et Zilpa). Leurs descendances allaient former les douze tribus d’Israël. Le fils préféré de Jacob/Israël, Joseph, fut vendu comme esclave par ses frères jaloux, et fut expédié en Égypte. Là, il devint un personnage important et quand la famine frappa le pays de Canaan, il fit venir sa famille en Égypte où elle s’établit pendant 400 ans.

Exode

Meurtre, purges, crimes de guerre, assassinats : Moïse et Phinées

Moïse entre dans l’histoire des crimes dans la Bible par le meurtre d’un garde-chiourme égyptien qui maltraitait ses compatriotes. Ce fut pour lui l’occasion de s’interroger sur la morale, le droit et les lois.

Après avoir obtenu de Pharaon, par la contrainte, la libération de son peuple, Moïse le conduisit vers la terre promise. Mais son peuple était têtu et indocile, peu enclin à adorer l’Éternel comme Dieu unique. Pour ramener les Hébreux dans le droit chemin, Moïse fit un exemple en massacrant 3 000 des siens. Cela faillit ne pas suffire à l’Éternel qui menaçait de détruire tous les Israélites à l’exception de Moïse et de sa famille. Moïse dut intervenir plusieurs fois pour empêcher l’extermination des siens.

Face aux déviations de son peuple, Moïse institua les lois de l’Éternel. Ces lois étaient sévères et cruelles, on lapida ainsi un homme qui n’avait pas respecté le sabbat, et 24 000 Israélites furent empalés pour s’être prosternés devant un autre dieu…

Même les grands prêtres se salissaient les mains pour faire respecter les lois de l’Éternel. Phinées n’hésita pas à transpercer de sa lance les corps de Zimri et de sa femme, parce que ce dernier avait épousé une étrangère. Les mariages en dehors de la communauté étaient interdits.

Génocide de peuples, Josué et la conquête du pays de Canaan

La conquête de la terre promise se fit dans le sang. Non seulement les hommes des territoires conquis furent passés au fil de l’épée, mais également les femmes, les enfants et les vieillards. L’ordre était de tout détruire pour ne laisser aucune source de contamination étrangère pour le peuple élu. La ville de Jéricho fut la première victime de cette logique.

Les Juges

Fratricides multiples : Abimélec

Comment accéder au pouvoir quand on est le 71e sur la liste de succession du prestigieux Juge Gédéon ? En tuant tous ceux qui le précèdent, ses 70 demi-frères ! Abimélec ne recula pas devant l’horreur de ce crime pour se faire couronner roi. Un royaume bien éphémère…

Infanticide : Le juge Jephthé

Qu’il est imprudent de confier au sort le choix d’une victime pour s’attirer les faveurs de l’Éternel ! Le juge Jephthé médita longtemps sur l’irresponsabilité de certains vœux avant de s’infliger la douleur d’offrir sa fille en holocauste.

Compagne vénale et traîtresse : Dalila

En séduisant le juge Samson, Dalila n’avait d’abord vu en lui que l’attirant jeune homme à la force incroyable et à la situation enviable. Un beau parti en somme. Puis elle s’était éprise de lui ; elle se serait bien rangée en Madame Samson, la femme du Juge. Toutefois, elle avait découvert que son amant était un homme bien inconsistant, sans ambition, et pire, prêt à céder aux tentations des prostituées philistines… Pour se l’attacher, elle lui avait demandé de l’épouser. En refusant, il avait scellé son destin tragique.

Vol de Mica et génocide de Laïsh

Sous domination des Philistins, la tribu de Dan n’avait pas de terres où s’établir librement. De valeureux explorateurs se mirent en marche vers le nord à la recherche d’une terre pour accueillir la tribu. Leur quête fut couronnée de succès, mais l’implantation de la tribu de Dan dans le Nord se fit tragiquement. Il y eut d’abord le vol d’idoles sur le territoire d’Éphraïm puis le massacre des paisibles habitants de la cité de Laïsh.

Viol collectif, meurtre, démembrement : le Lévite d’Éphraïm

Quels événements peuvent amener un mari, fol amoureux de sa femme, à la démembrer en douze morceaux pour en envoyer un à chaque tribu d’Israël en réclamant vengeance ? Le vice et la bestialité s’étaient emparés de la ville de Guibéa, en territoire de Benjamin.

Guerre fratricide, enlèvements et viols : la punition des Benjaminites

En dépit du crime abominable et impardonnable des habitants de Guibéa, les familles de Benjamin s’obstinèrent malgré tout à protéger les leurs de la justice. Cela provoqua l’indignation et la colère des autres tribus qui se liguèrent pour exterminer les Benjaminites. Des dizaines de milliers d’Israélites périrent dans cet affrontement. Quand il ne resta plus que 600 Benjaministes, tous mâles, les Israélites eurent peur d’avoir fait disparaître une de leurs tribus de la surface de la Terre. Ils assurèrent la descendance de cette tribu au prix d’un autre crime…

Avec les textes bibliques comme base, enrichis des documents historiques et archéologiques disponibles sur cette époque reculée, l’auteur réussit son pari de nous captiver de bout en bout sur des récits que nous croyions connaître par cœur. C’est l’angle par lequel il aborde l’histoire et l’analyse de la psychologie des personnages qui font toute la différence. Au final, les acteurs prennent vie devant nous et rendent le livre passionnant.

Nous attendons avec impatience le tome suivant.

En savoir plus sur Les crimes dans la Bible et sur son auteur :

http://crimes.mysteres.free.fr/Affaires-criminelles/Crimes_dans_la_Bible.html

  • Livre broché à 9,90 euros chez : Amazon 

Le juge de Dieu

Nicolas Rémy, ses sorciers et ses sorcières

En ce temps-là sévissait la peste, une maladie extrêmement transmissible entre les hommes et avec des animaux, par la respiration, le contact, tous les échanges.

Pour s’en prémunir, la noblesse mettait déjà des masques sur le visage. On utilisait aussi les parfums, qui avaient pour objet de repousser les puces, vecteurs du mal, loin des hommes.

Eh oui, même les animaux attrapaient la peste.

Dès qu’on annonçait un cas de peste, tout le monde fuyait. Pour échapper à la peste, les riches s’éloignaient des villes et s’isolaient à la campagne, moins touchée.

Le juge Rémy avait très peur de contracter la peste, mais il comptait la vaincre, son moyen : accuser et brûler les sorciers. Pour lui, ils étaient les agents de Satan, celui qui voulait la destruction du monde et qui propageait la maladie criminelle.

On parlait de la fin du monde. Dans sa grande bonté, Dieu avait créé le monde beau, mais l’esprit du mal qui s’était rebellé contre lui, visait à se l’approprier pour le soumettre et l’avilir.

La peste était considérée comme un mal absolu. Porteur de mort. Et de fait, les cadavres jonchaient les rues dans toute l’Europe et plus encore.

À cause de la maladie, des gens perdaient leur emploi, la pauvreté déjà répandue augmentait, les miséreux redoublaient de ville en ville à la recherche d’un morceau de pain.

Les intellectuels cherchaient la cause profonde de cette maladie, qui décimait l’homme. De façon générale, leur conclusion était que Satan complotait contre l’œuvre divine. Donc, il fallait lui barrer la route.

Le juge Rémy, d’une foi inébranlable était sûr de lui, sûr de son savoir et de fait, il était brillant et très instruit. Il connaissait plusieurs langues, habitué aux textes anciens, bibliques ou païens, il pouvait vous éblouir des heures durant. Il n’hésitait pas à réciter des passages entiers de l’Ancien Testament ou de pièces antiques.

Paradoxalement, c’est cet érudit qui va propager l’obscurantisme le plus total, à savoir que les sorciers et surtout les sorcières agissaient contre l’homme, la créature divine.

Les sorciers et sorcières qui étaient-ils ? Il s’agissait le plus souvent d’êtres sans défense, de pauvres hères, vieillards souvent, misérables et journaliers… Ils étaient pauvres, ils étaient sales, donc, ils étaient obligatoirement coupables. Dans leurs beaux atours, les riches, eux, reflétaient le ciel.

Comme les animaux attrapaient la peste, ils devenaient aussi suspects. Et toujours dans la même démarche, les animaux sales étaient désignés comme suppôts des sorciers, du Diable. Oui, outils du Diable, notamment les porcs, surtout si en plus ils étaient noirs.

Les temps ont évolué, les malades sont désormais soignés, autrefois, ils étaient brûlés, le feu purifiant tout, sorciers et sorcières montaient aux bûchers.

Mais les vieux démons ne demandent qu’à ressurgir. Ce récit du juge Rémy entre brutalement en résonance avec l’actualité.

Le coronavirus suscite autant d’interrogations que la peste jadis. Alors qu’hier le grand comploteur était le Diable, aujourd’hui l’organisateur du complot visant à détruire des hommes se trouve du côté des laboratoires pharmaceutiques, ou encore de scientifiques fous relayés par des politiques véreux…

Qui a amené le Covid-19 ? C’est ce que se demandent certains. Mais le seul fait de poser la question suppose qu’il y a une réponse, un coupable. Si le coronavirus existe bel et bien, il y a, se disent les interrogateurs, obligatoirement un coupable qui l’a répandu chez les humains. Derrière tout ça, il y a la recherche d’un bouc émissaire.

Comment mettre un terme à ces inepties ?

Les absurdités ne nous guériront pas de la maladie. À la patience indispensable, on oppose des réponses simplistes, stupides.

Comment nos sociétés, qui évoluaient certes plus ou moins bien, mais qui progressaient cependant, en sont-elles devenues à nourrir autant de haine ?

La peur de la mort, la peur de la misère, qui est fautive ?

L’humanité a besoin de discours cohérents, justes et adaptés, sinon nous basculerons dans l’illogisme, dans l’inhumanité.

Le monde ne se divise pas entre le mal et le bien, comme au temps du juge Rémy.

En témoigne cet extrait du « Juge de Dieu », illustrant l’idéologie du juge Rémy. Il se passe dans la petite ville de Charmes, dans les Vosges.

Charmes

La peste sévissait en Lorraine, elle faisait de tels ravages que, dans la ville de Châtenois, on jetait les cadavres sur des charrettes, il y en avait partout !

Pour échapper à l’épidémie, le juge Rémy s’était mis au vert dans sa maison de campagne à Charmes, sa ville natale. C’était une vaste demeure, avec un imposant salon, et une cheminée géante. C’était l’hiver et elle ronflait avec une bûche de la taille d’un tronc d’arbre.

Le juge Rémy avait installé son bureau non loin, sur lequel il rédigeait son futur livre, une compilation de ses discours. Voulant oublier l’épidémie, il y passait le plus clair de son temps.

Dans sa retraite, il avait recueilli Giovani Mercati, un moine italien, en apostolat dans la région, avec qui il avait des discussions qui se prolongeaient tard dans la nuit, à la lueur d’un majestueux candélabre.

Cette fin de soirée, chacun d’eux était assis dans un fauteuil moelleux, où le moine disparaissait presque tant il était petit. Entre eux, il y avait une console sur laquelle reposaient un verre d’alcool et une bouteille bien entamée.

Les deux hommes se parlaient en latin, qu’ils maîtrisaient l’un et l’autre à la perfection.

Le juge était en train de lire son dernier poème à haute voix. Le moine fermait les yeux pour mieux s’en imprégner. Les deux hommes se comprenaient. Le poème s’arrêta, le juge Rémy attendait l’appréciation, pas trop sûr que sa dernière œuvre ait plu.

— Dites-moi, soyez franc, comment le trouvez-vous ?

En minaudant, Giovani roucoula de flatterie :

— Ma-gni-fique !

Giovani Mercati était un moine tout en rondeurs. Quand il écoutait ou réfléchissait, il posait ses deux mains jointes sur son ventre rebondi sous la bure. Chez Nicolas Rémy, il était heureux, il y bénéficiait du gîte et du couvert et était de surcroît à l’abri de cette maudite peste.

— Franchement, mon cher Nicolas, comment arrivez-vous à cumuler tant de choses, un livre, des poèmes, et votre chasse aux sorcières qui vous accapare tant ?

— La composition de poèmes et la rédaction de mon livre adoucissent mon séjour en isolement, car, à dire vrai, j’ai hâte de reprendre mes activités de juge de Dieu.

— Pourquoi tant de hâte ?

— Vous oubliez qu’on ne peut pas perdre de temps, les sorcières veulent détruire l’œuvre du Créateur.

— En ont-elles le pouvoir ?

— Elles envoient des sauterelles, la foudre, la grêle, tout est possible de la part de ces suppôts du Diable.

— Oh, avec la peste qui ravage le pays, elles sont certainement calmées.

— Je suis persuadé que non. À l’instant où je vous parle, je suis convaincu qu’il y en a qui font rôtir des chats.

— De faim, sûrement.

— Non, non, les chats rôtis ne coupent pas la faim, je le tiens de source sûre. Dans leurs sabbats, elles en font cuire et les participants à ces repas ont toujours faim.

— Nous sommes des gens instruits, vous comme moi, nous savons qu’il ne faut pas ajouter foi aux rumeurs.

— Retenez bien ceci, je ne condamne pas sur la foi de rumeurs.

— Ces chats rôtis sont des contes qu’on raconte le soir quand la neige tombe…

— Vous dites ça sur un ton !… Doutez-vous des sabbats de sorcières, vous savez que c’est une hérésie ?

Giovani Mercati baissa la tête, la tonsure du crâne apparut. Il craignait Nicolas Rémy, le juge était puissant, il traversait toute la Lorraine en grandes enjambées de bûchers… Il se tut !

— C’est ça, vous en doutez ?

— Le doute n’est-il pas le premier atout de la foi ?

— Moi, je ne doute jamais. Et je sais, pour l’avoir entendu de la bouche même des sorcières, que ces sataniques, le mercredi soir ou le samedi soir, s’enduisent les cuisses d’une crème spéciale, et ensuite, elles enfourchent un balai pour se rendre à ces réunions maudites.

— Mais, Nicolas, excusez-moi de vous dire ça, pourquoi dans la Bible on ne mentionne à aucun moment ces sabbats ?

— Parce que les athées sont venus bien plus tard. Il n’en manque pas chez les sorcières.

— Le démon serait-il plus actif de nos jours ?

— Je le pense en effet. Aujourd’hui, on est arrivés à un tel point de démonolâtrie que les démons couchent avec les humains.

— Tiens donc, et cela donne du vent.

— Pas du tout, cela engendre des sorciers et des sorcières. Les sorciers et les sorcières sont la progéniture des incubes et des succubes.

— C’est-à-dire ?

— Les incubes sont des démons mâles qui couchent avec les femmes. Après, non seulement elles enfantent des sorciers, mais elles sont elles-mêmes changées en sorcières.

— Et les succubes seraient les démons femelles ?

— Absolument. Elles pervertissent les hommes.

Giovani Mercati aimait les femmes, cette haine du sexe faible chez son hôte le faisait fixer le feu de la cheminée, il marqua un temps, puis osa dire d’une voix mielleuse :

— Avez-vous un moyen de les mettre à jour ?

— Oui.

— Quoi ?

Le juge Rémy sentit une pointe de scepticisme dans la question.

— Eh bien, eh bien… Je commence par m’en préserver. On se protège en faisant le signe de la croix et en disant un Notre père. Je prie ainsi tous les matins, quand je confie ma journée au Seigneur.

— Oui, mais cela ne m’explique pas comment vous reconnaissez les sorciers et les sorcières.

— Il suffit souvent d’observer, mieux encore, de recueillir le témoignage des gens. Les sorcières récupèrent les restes des bûchers. Pour leurs sortilèges, elles se servent non seulement des cadavres, mais aussi de la corde, des liens, des poteaux, des clous récupérés sur les bûchers éteints. Tout ceci ne passe pas inaperçu et, heureusement, il se trouve toujours un bon paroissien pour les dénoncer.

— Je remarque que vous dites souvent sorcières et rarement sorciers, pourquoi ?

— Oh, c’est juste un constat. La lie de la sorcellerie se recrute surtout dans le sexe faible de jugement, ce sexe se protège et se défend moins bien contre les pièges du démon.

— Mais vous qui les traquez, Nicolas, si elles sont bien les agents de Satan, ne craignez-vous pas leurs malédictions ?

— De leur part, ce serait de mauvaises malédictions, mais je vous rappelle qu’il y en a de bonnes. Prenons l’Évangile, Jésus, qui avait faim, s’était approché d’un figuier et n’y avait trouvé aucun fruit : par sa malédiction, il condamna l’arbre à une stérilité sans fin… Saint Paul, lui-même, frappa le magicien Blymée de cécité. Avec l’aide de Dieu, j’inflige aux sorcières de sévères, mais justes, malédictions.

— Votre expérience vous donne des atouts, c’est sûr, ainsi que votre immense culture, mais tout de même, à quoi reconnaissez-vous à coup sûr une sorcière ? Ce sont des loups-garous ?

— Il y en a, en effet.

— Quel est le but du Diable dans tout ça ?

— Il veut détruire la création, faire chanceler la foi. Il est capable de tout. Les démons ont une technique qui suscite le trouble dans les esprits humains. Avec ruses et fourberies, ils projettent dans leur imagination toutes les figures, couleurs et formes qu’ils souhaitent et font surgir devant eux des visions et des apparitions. D’où l’homme-loup.

— Finalement, le loup-garou existe ou pas ?… Si le Diable roule les sorcières, en quoi sont-elles responsables ?

— La faute des sorcières peut se limiter à l’état d’intention, de projets ; il n’en reste pas moins qu’ils sont conçus par des esprits criminels.

— Juste l’intention ?

— Oui.

— Elles sont quand même coupables ?

— Oui, parce qu’elles sont d’une grande perversité. À cause d’elles on a des orages, des moissons saccagées, la foudre qui détruit les arbres fruitiers. Les sorcières nourrissent de vilaines pensées et invoquent le Diable des pieds et des mains pour que cela se produise, jusqu’à provoquer la dévastation de territoires entiers. Il faut, comme le dit saint Basile, les arrêter par le feu.

— La sorcière peut-elle être absoute ?

— Jamais, jamais, jamais !

Surexcité, le juge Rémy tapait son verre vide sur la console. Pour se calmer, il se leva et alla vers son buffet pour prendre une bouteille pleine, puis il resservit son hôte ainsi que lui-même.

— Mais, Nicolas, où est la rédemption dans tout ça ? Et la rémission des péchés par la confession ?

— Non, Giovani, face au démon, il ne faut aucune pitié. Seul le feu est rédempteur.

— Comment est-ce possible, les sorcières ne deviendraient-elles plus des créatures du Seigneur dès lors que le Diable les contacte ?

— À partir du moment où un individu est envahi par Satan, il ne peut pas être pardonné. Il ne peut pas s’en libérer.

— Et la miséricorde, qu’en faites-vous, Nicolas ?

— Je vous arrête tout de suite. Est-ce que Jésus était miséricordieux envers Satan ? En dépit de tout, voici ma démarche et elle est guidée par Dieu : je fais arrêter tous ceux qui sont infectés par la souillure de sorcellerie.

— Vous êtes au cœur de cette lutte de titans, ne craignez-vous pas que Satan vous détruise ? Il est puissant.

— Dieu procure une autorité, hors de toute atteinte, à ceux à qui il confie son pouvoir sur terre. Il les fait participer au privilège et à l’honneur de son nom, les appelant dieux comme lui. Dieu veut qu’ils soient sacro-saints, et qu’en vertu de leurs charges et fonctions, ils soient à l’abri des maléfices des sorcières.

— Me voilà rassuré pour vous et votre œuvre ! À propos de maléfices, je me suis laissé dire qu’on trouve des guérisseurs chez les sorciers ?

— Oui, les sorcières font macérer un mélange de fiel de bœuf, de lupin et de fougères, auquel elles rajoutent d’autres ingrédients qu’elles tiennent secrets.

— Peut-on en conclure qu’elles arrivent à guérir des malades ?

— De fait, les sorcières pratiquent aussi bien l’empoisonnement que la guérison.

— Alors, sont-elles si coupables que ça ?

— Absolument, car si on fait le bilan des œuvres des sorcières, ce qui domine c’est le mal.

— En y réfléchissant, choisir le Diable qui est mauvais, au lieu du Christ qui n’est qu’amour, c’est aberrant !

— Les sorcières, en fait, sont vénales. Le Diable leur promet des richesses et l’être humain veut devenir riche.

— Mais, Nicolas, si vous avez en face de vous une femme qui soigne les malades, comment pouvez-vous être sûr de ne pas vous tromper ?

— Oh, c’est facile ! lorsqu’on la torturera on trouvera peut-être des marques de Satan. Si, quand le bourreau s’acharne avec un poignard sur une de ses verrues, la femelle ne crie pas, c’est que le Diable a pris possession d’elle ; car, pour prouver que cette créature lui appartient, Satan a rendu insensibles certaines parties de son corps… De toute façon, lors de mes interrogatoires, je me fais mon opinion, avec ou sans points d’insensibilité, je les brûle.

— C’est une garantie, en effet. Mais tout le monde sait que le Diable est hideux, comment peut-il attirer des adeptes alors que Jésus, Marie et tous nos saints sont si merveilleux !

— Oui, le Diable a un visage horrible, il est difforme et ses mains et ses pieds sont contrefaits comme les rapaces. C’est pourquoi nous reconnaissons, tout de suite, sa face répugnante dans les monstres qu’engendrent les sorcières. Tout bébé mal formé à l’accouchement ne peut être que le produit des œuvres de Satan, il faut donc l’éliminer dès sa naissance.

— Si je comprends bien un homme ou une femme de toute beauté est à l’abri du bûcher.

— Non, personne n’est à l’abri ! Il ne suffit pas au démon de présenter son spectre sous la forme d’un personnage honnête et de bel aspect pour me jeter de la poudre aux yeux et me rouler. D’ailleurs, le démon tient fréquemment aussi des propos sur la manière de mener une vie de piété, dans la religion et la prière. C’est un comédien.

— C’est à n’y rien comprendre.

— Figurez-vous, Giovani, que sous le pontificat de Célestin, en 438, d’après Sabellicus et Platina, Satan prit en Crète la forme de Moïse et assura aux Juifs qui habitaient sur cette île qu’il les ramènerait à pied sec sur la terre promise. Ceux qui écoutèrent Satan furent engloutis par les eaux.

— Comment faire la part du feu ?

— Dieu me guide, Il est toujours présent en moi.

— Tout de même, vous ne m’enlèverez pas de l’idée que les fidèles qui font des pèlerinages sont de braves gens. Des âmes de bonne volonté.

— À Metz, j’ai vu un curé se plaindre qu’on ait arrêté sa meilleure paroissienne. Après enquête, on s’est aperçu que c’était bel et bien une sorcière. Il faut que vous sachiez que la plupart des femmes qui ont été reconnues coupables du crime de sorcellerie ont toujours, et toutes, dissimulé leurs crimes derrière une piété feinte et mensongère.

— Que penser des fidèles qui se mortifient ? Eux au moins sont des saints.

— Quand j’étais à Mirecourt, une grande cité des Vosges où j’occupais la charge de Lieutenant général, il y avait un individu qui se fouettait nu devant tout le monde et qui vivait des pièces qu’on lui tendait. C’était un sorcier, je l’ai fait flamber.

— Votre tâche est lourde, Nicolas.

— Heureusement, il y a des points qui ne trompent pas, ainsi la propreté. L’odeur des démons est reconnaissable, ils puent.

— Et la couleur noire, non ?

— Ah oui, je fais brûler tous les animaux noirs des sorcières, afin de les détruire à jamais. Nous avons d’ailleurs une preuve indiscutable : dans leurs sabbats, le grand bouc est noir !

— On en raconte des choses sur les sabbats ! Ce serait donc vrai ce qu’on dit, que les sorcières y vont en enfourchant des balais ?

— Pas seulement, à dos de chaise aussi, et même elles s’envolent sur le dos d’animaux noirs, comme des cochons.

— Comportement diabolique, je le reconnais volontiers.

Giovani Mercati commençait à avoir des gargouillis dans l’estomac, toute cette discussion philosophique le fatiguait. Mais rien ne pouvait arrêter le juge Rémy.

— Satan guide les sorcières et je n’ai jamais réussi à découvrir le lieu d’un sabbat à temps pour l’empêcher. N’oublions pas que le Diable est meurtrier, menteur, voleur, dévastateur, traître, persécuteur.

— Permettez-moi, Nicolas, une question, j’ose ?

— Allez, j’écoute !

— Ces sabbats, c’est sûr que ça existe ? Je me suis laissé dire que la nourriture du soir ferait rêver les femmes et leur donnerait des illusions…

— Certes, la nourriture trop épicée, des châtaignes, des fèves, des choux, certains champignons, favorisent les cauchemars, mais trop de témoignages concordent et confirment que les sorcières mettent un traversin à leur place dans le lit conjugal pour tromper leur mari et, après, elles s’envolent vers l’assemblée diabolique.

— Ces sabbats, voyez-vous, ça me fait penser à des fêtes païennes.

— Je vous l’accorde, ces démons adorent non seulement Satan, mais aussi la lune et je ne sais quoi d’autre encore.

— Ces sabbats se tiennent toujours la nuit ?

— Absolument, au chant du coq tout s’arrête. Et ça remonte à loin. Quand Apollonius raconte, au sujet de l’ombre d’Achille apparue sous ses yeux, le miracle qu’il a vu se produire, il précise qu’Achille a disparu dès qu’on a entendu les coqs chanter. Téléphion de Milet, qu’on avait chargé de garder une dépouille mortelle à Larissa contre les embûches des sorcières, témoigne que l’une d’elles s’est montrée sous la forme d’une belette qui s’est sauvée dès qu’un coq s’est mis à chanter. C’est quelque chose comme ça qui se passa lors de la naissance de Mathieu le Grand, vicomte de Milan. Pour éloigner les sorcières, on fit chanter les coqs toute la nuit. Aussi a-t-on appelé l’enfant, Galéacius.

— Revenons au sabbat, qu’est-ce que les sorcières vous en ont dévoilé ?

— Eh bien, que la foule s’y précipite.

— La foule ?

— Absolument. C’est la débauche totale avec des chansons diaboliques, des danses lascives, des tambours et des trompettes hurlantes. Et les sorcières dansent jusqu’à l’épuisement, dos à dos.

Giovani Mercati poussa un oh ! d’étonnement. C’était pas Dieu possible, ce juge Rémy haïssait tout ce qui était bon dans la vie.

— La vie est l’œuvre du Créateur. Salomon jouait de la musique…

— Oui, mais les sorcières tournent à gauche.

— Ah !

— Dans ces réunions, le sel et le pain sont bannis.

— Sait-on pourquoi ?

— Selon Pythagore, le sel est une matière pure ; de plus, il sert au baptême pour consacrer le croyant au Christ, c’est pourquoi le Diable le hait. Le sel est la marque du Seigneur.

— On raconte, mais que ne dit-on pas qu’on mange de la chair humaine lors de ces sabbats ?

— Oui, et c’est une vieille tradition qui remonte au culte de Bacchus. Ses adeptes mangeaient de la chair humaine nous rapporte Plutarque dans les vies de Pélopidas. C’est justice que de tuer les adorateurs du Diable.

— Vous jugez des sorcières, mais tout ce que vous connaissez du Diable, ce n’est que ce qu’elles veulent bien vous dire, murmura Giovani Mercati en soulevant machinalement les épaules…

— Détrompez-vous, Giovani, j’ai vu de près les méfaits du Diable. À l’époque où la peste ravageait Toulouse, en 1563, je me trouvais à Auch, à Saint-Abel, la cathédrale de la ville. La nuit, avec des amis, nous jouions pour passer le temps et apaiser nos angoisses. Et là, le démon est venu nous perturber, il jetait des pierres contre la porte ; bien que nous l’ayons verrouillée, nous avions très peur. Aussi avons-nous prié. Et quand les cloches de l’église se sont mises à sonner, tout s’est arrêté.

— Le Diable n’aime donc pas les cloches ?

— Oh, là, là, non, elles l’effraient, car c’est la voix du ciel.

— Vous brûlez beaucoup de sorcières ?

— Assurément et j’en suis fier. J’en suis à plus de mille.

— Comment expliquez-vous qu’il y en ait tant ?

— Le Diable les investit dès l’enfance.

— Dès l’enfance, dites-vous ? Vous êtes sûr, Nicolas ?

— Quand je siège dans une ville, j’ai des exemples quasi quotidiens d’enfants sorciers. Comme je vous l’ai enseigné, les enfants qui naissent des amours d’un incube et d’une femme sont marqués, dès leur venue au monde, des crimes dus à l’hérédité. Ils ont des comportements et des signes qui ne trompent pas. Ces enfants sorciers fourmillent, car le démon cherche à multiplier le nombre de ses adeptes.

— Et que faites-vous de ces enfants sorciers ?

— Je les brûle, évidemment, que voudriez-vous que j’en fasse ? Ce sont des suppôts de Satan, tous les enfants des sorcières qu’on arrête sont des sorciers.

— On comprend l’ascendant des sorciers, ils aveuglent le peuple ignorant, mais font-ils des prodiges ?

— Dois-je vous rappeler le concile d’Aquilée qui condamne, comme impies, ceux qui affirment qu’on peut changer la nature des choses voulues par Dieu le père ? Saint Augustin aussi le dénonce.

— Pourquoi se méfie-t-on de ce qu’annoncent les sorciers ? De tout temps il y a eu des oracles, et parfois des prédictions qui se réalisent…

— Je sais, quand le roi Ochozias entreprit de faire arrêter le prophète Élie par cinquante soldats, ce dernier les maudit et ils furent anéantis. Mais les prédictions des sorcières ne doivent pas être crues.

— J’ai entendu dire qu’on écoutait les sorcières parce qu’elles étaient âgées, et supposées sages. Ça me fait un peu bizarre qu’on brûle des vieux sans défense…

— Si, de fait, les femmes arrêtées pour sorcellerie sont fréquemment d’un âge avancé, c’est dès la jeunesse que le crime les a souillées. Et il faut les tuer sans se laisser apitoyer. C’est une loi très ancienne. Tacite nous dit que, pour le crime de sorcellerie, Publius Martius et Pituanius furent exécutés pour cela. Le premier fut décapité devant la Porte Esquiline, le second fut jeté du haut de la roche Tarpéienne.

— Vous avez réponse à tout, Nicolas.

— Oui, car je suis le bras de Dieu.

— Nicolas, j’ai une petite faim.

FIN de l’extrait

Fernand s’en va en guerre – 1914-1919

Un roman biographique saisissant sur la Grande Guerre.

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1914

L’année 1914 se doit d’être festive dans la petite ville de Breloux-La-Crèche. Les habitants s’activent pour que la cavalcade de Pâques, la première dans le bourg, soit une réussite. Le défilé des chars est splendide, il attire la foule à des dizaines de kilomètres à la ronde. On respire la joie de vivre en avril 1914.
Tout se ternit fin juin avec l’assassinat de Sarajevo, le conflit mondial se précise. Le premier août, le tambour de la ville annonce, sans grande surprise, la mobilisation générale.
Fernand, jeune paysan, est de la classe 1915, la guerre ne sera pas pour lui, croit-il. Fernand, le pacifiste, regarde partir les premiers mobilisés avec des sentiments partagés entre le rejet de la guerre et le désir que tout se termine vite pour instaurer une paix de 100 ans.
À l’arrière, ce sont les premières restrictions, l’augmentation du prix des produits, les réquisitions de chevaux et de foin, l’arrivée de réfugiés belges. Fernand suit la guerre dans les journaux, où après les cris de victoire en Alsace, succède la peur de la défaite avec l’approche des Allemands de Paris et la fuite du gouvernement à Bordeaux. La bataille de la Marne redonne espoir, mais le conflit s’enlise. L’information fiable devient rare, de grands blancs apparaissent dans les journaux, la censure sévit. Fernand se prépare à la guerre, la classe 1915 est mobilisée et rejoint les casernes en décembre 1914.

1915

Commence la période d’instruction, au 135e Régiment d’Infanterie d’Angers. La formation militaire apprend à tuer : « Vaincre, c’est planter sa baïonnette dans le ventre de l’ennemi » et à se faire tuer : « Faites confiance à vos officiers, avec eux vous serez sûr de mourir utilement ». Dans les périodes de repos, ce sont des moments d’échanges et de confidences entre jeunes de régions et métiers différents. C’est aussi la découverte de la ville, des filles « soumises » des maisons closes, et des « insoumises », prostituées clandestines souvent mineures, très jeunes, trop jeunes…
Vient le départ pour le front, l’Artois. Les anciens racontent l’histoire des combats du 135e RI. Fernand retient qu’après chaque grande bataille 1 000 à 1 500 hommes restent sur le tapis, la moitié du régiment ! Fernand comprend qu’il n’a que peu de chances de revenir vivant. D’autant que son secteur, Loos-en-Gohelle, est soumis à des bombardements particulièrement violents. Dans les tranchées gorgées d’eau, il connaît les premiers obus au gaz.

1916

Le régiment se transporte dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette, encore une terre particulièrement labourée par les obus. Le froid et la neige ajoutent à l’inconfort des positions. Vient le temps d’un repos à Berck, où Fernand découvre la mer. Le repos est court, Verdun réclame des troupes fraîches.
Sur la rive gauche de la Meuse, deux collines, le Mort-Homme et la cote 304 protègent Verdun. Il faut les tenir coûte que coûte. Pour Fernand, ce sera la cote 304 où il subit un des pires bombardements qu’on peut imaginer. Le paysage est modifié, la colline est arasée, les tranchées ont disparu, il ne reste que les trous d’obus pour se mettre à l’abri. Les hommes tombent les uns après les autres. L’offensive allemande prend les survivants à revers. Fernand est fait prisonnier.

1917

Les camps de Romagne, Darmstadt, Mannheim, Heuberg. Le temps des humiliations et des souffrances morales et physiques. Le temps aussi des échanges avec des soldats d’autres régiments qui racontent leur guerre. Fernand acquiert, au travers de leurs récits, une vision globale de la Grande Guerre et de ses principales batailles.

1918

Versé dans le Kommando de Melchingen, Fernand est affecté dans une ferme où il noue des relations avec une famille allemande d’agriculteurs. Le dur travail de la terre rapproche et gomme les idées reçues sur l’ennemi.
L’armistice ne signe pas la fin de l’engagement de Fernand.

1919

Retourné un temps dans ses foyers, Fernand est renvoyé en Allemagne occupée dans l’attente de la signature du traité de paix. Il fait office de traducteur. Le 13 septembre 1919, Fernand est enfin démobilisé. De retour chez lui, il fait le triste décompte des morts dans sa petite ville. Fernand en connaissait beaucoup et reconstitue leur parcours dans la Grande Guerre. Il y a aussi les disparus que leur famille attend toujours. Et les blessés qui affichent des membres manquants ou paralysés, des blessures plus légères qui se dissimulent sous les vêtements, des maladies pulmonaires dues aux gaz, et des traumatismes psychologiques irréparables…

Un livre fort, sans tabou, inoubliable. Passionnant et instructif.

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L’ogre de la gare d’Hanovre : L’affaire Haarmann

L’ogre de la gare d’Hanovre – 3E éditions

L’ogre de la gare d’Hanovre, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 11 euros en livre broché.

Un tueur exceptionnel

La barbarie existe. Elle nous laisse d’autant plus sans voix quand il s’agit du comportement d’un être humain d’apparence très ordinaire. Fritz Haarmann, qui se confondait avec les habitants d’Hanovre est pourtant un grand psychopathe.

Il s’est rendu coupable des pires atrocités, sans que cela alerte vraiment ses concitoyens autour de lui. Et on peut dire qu’il viola et tua des enfants en toute impunité, sauf à la fin où il fut finalement exécuté.

Mais quand il fut arrêté, il avait déjà fait des dizaines de victimes, assassiné tant d’enfants disparus que le cœur se soulève en lisant son parcours de vie… Le nombre exact de ses victimes n’est pas connu avec certitude, lui-même n’hésitait pas à se vanter qu’il en avait tué une cinquantaine. En fin de compte, il fut condamné pour 24 enfants tués.

Le comble de l’horreur

Il les tuait et ensuite les découpait, puis il enlevait méthodiquement toute la chair qui recouvrait les os. Était-il fou pour autant ? C’est la question qui revient de manière lancinante tout au long de cette affaire criminelle. Pourtant, après avoir roulé tout un quartier, berné les forces de police tant d’années, avoir agi avec tant de ruse, on en doute.

Ce qui est sûr, c’est qu’il avait fait des séjours en hôpital psychiatrique, et cela depuis l’âge de 16 ans. Et même plusieurs hôpitaux psychiatriques.

Est-ce que le contexte historique a joué un rôle dans cette terrible affaire ? Oui, sans aucun doute, l’Allemagne sortait de la guerre et était en grande souffrance, quant au pouvoir, il avait bien des difficultés à s’imposer.

Fritz Haarmann était sanguinaire, et pourtant il connaissait la Bible par cœur. Dans son enfance, sa mère la lui avait apprise, sa mère qu’il adorait et avec qui il avait des rapports fusionnels. Elle lui passait tout et ne s’inquiétait nullement quand, adolescent, il entraînait les petits garçons à la cave pour les déculotter et caresser leur zigounette.

Une enfance toxique

Quel genre de parents a eu ce monstre ? Eh bien, ses parents se détestaient. Ils auraient dû pourtant être heureux. Le père de Fritz Haarmann avait une bonne place, contrairement à beaucoup qui pointaient au chômage. Il était conducteur de locomotive. Très tôt, il décela chez son fils un comportement déviant. Il disait « mon fils est fou » à qui voulait l’entendre. Quand un de ses collègues mourut, sachant que son fils le détestait, il le soupçonna de l’avoir assassiné. Il se rendit même au poste de police pour le dénoncer et demander qu’on interne son fils. Les policiers n’en crurent rien et mirent cela sur le compte de la douleur d’avoir perdu un camarade. L’affaire fut classée sans suite.

Pour ce premier crime, Fritz Haarmann s’en tira… Si on avait tenu compte de ce qu’affirmait son père, combien de victimes innocentes auraient été sauvées ? Car quand il se mit à devenir un tueur en série, un serial killer, il assassina au moins une fois par semaine…

C’est d’autant plus étonnant qu’il ne se soit pas fait prendre plus tôt, quand on constate qu’il n’y avait guère de changement dans son choix des victimes ni dans son mode opératoire. Puisqu’il avait réussi à tuer d’une certaine façon, sans être pris, il suffisait de continuer de la même façon.

Était-il fou ?

Fritz Haarmann va faire plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, ensuite, il va connaître une période d’errance où il parcourra l’Allemagne en vivant d’expédients, de rapines et de malversations de toutes sortes, qui le feront passer de tribunal en tribunal, de prison en prison pour de courts séjours.

Un jour, il croisa son âme damnée, Hans Grans, un prostitué sans scrupule, ils ne se quitteront plus, jusqu’au procès qui les condamna.

Qu’avaient pensé les psychiatres qui ont examiné Fritz Haarmann ? Certes ils l’ont trouvé spécial, mais pas franchement fou. Et pourtant, il tua de jeunes enfants, il mutila leur cadavre, il vendit et mangea de la chair humaine, est-ce le comportement de quelqu’un de normal ?

Si les psychiatres avaient été plus perspicaces, combien de morts auraient été sauvés ?

Un culot incroyable

Évidemment, jusqu’à son procès proprement dit, Fritz Haarmann laisse perplexe. Là, il voulut se défendre lui-même et intervint avec un culot et une sûreté incroyable. Il déstabilisait les témoins, à commencer par le commissaire d’Hanovre, qui courbait l’échine en l’entendant l’apostropher et le tourner en dérision, car des années durant il l’avait trompé sans vergogne.

Et pourtant Fritz Haarmann ne fit pas la guerre. Les autorités militaires semblent avoir été plus réalistes que les médecins civils. Il fit bien son service militaire, mais devant son comportement et ses incohérences réelles ou simulées, l’Armée le renvoya dans ses foyers. Non d’ailleurs, un comble, sans lui accorder une pension, certes petite, mais qui l’aida ensuite tout de même à vivre et même pourrait-on dire à tuer sans trop travailler, et donc lui laissa du temps de libre pour piéger ses petites victimes.

Et les enfants d’Hanovre disparaissaient les unes après les autres, et la police ne voyait rien. Pourtant, dans la population la rumeur enflait, les autorités aveuglent ne voulaient pas y croire. Les parents des disparus se succédaient au commissariat, mais l’enquête piétinait.

Un honnête citoyen

Fritz Haarmann, lui, tenait un commerce de vêtements. Il était du reste très apprécié de sa propriétaire, qui, elle, tenait un restaurant où Fritz Haarmannn préparait des petits pâtés si bons. On faisait des fêtes bien sympas dans ce restaurant bien en vue.

Fritz Haarmann avait commencé son commerce en volant le linge qui séchait sur les fils dehors, par la suite, il revendit les vêtements de ses victimes. Leur vélo, leur instrument de musique, tout ce qui leur appartenait.

Ce bon M. Haarmann qui présentait si bien. Il profitait de l’inflation galopante qui sévissait en Allemagne, alors les gens tiraient le diable par la queue et avaient autre chose à penser qu’à surveiller les allées et venues de leur voisin. Les grandes crises favorisent l’émergence des monstres dans nos sociétés.

Fritz Haarmann qui avait été le fils chéri de sa mère, alors qu’il jouait à la poupée, au détriment de ses petites sœurs, à qui il faisait mille farces et attrapes, sans que leur mère y trouvât à redire. Sa méchanceté infantile laissait-elle percevoir sa cruauté d’adulte ?

Des signaux d’alerte ignorés

Bien qu’il fût arrêté maintes fois pour des vols avant de passer pour un commerçant modèle, il se moquait des lois, comme son ami et amant, Hans Grans.

Il lui arriva tout de même de faire un long séjour en prison, il fit 9 mois à la suite. C’est la fois où il fut surpris en flagrant délit au lit avec un adolescent, suite à une visite de la police à son domicile, car un père, dont le fils avait disparu, l’accusait de lui avoir fait du mal, car dans son enquête il était remonté jusqu’à lui. En fait, c’était bien le cas, Fritz Haarmann l’avait tué, comme il le racontera en rigolant à son procès. Pour cet outrage aux bonnes mœurs, le commissaire avait mal fait son inspection des lieux, sinon il aurait découvert le crâne de celui qu’il venait d’assassiner enveloppé dans du papier journal, caché derrière son poêle.

La gare d’Hanovre, encore et toujours

Ce qui laisse perplexe c’est le comportement de Fritz Haarmann, toujours la même façon de procéder. Il n’en varia pas. Il fréquentait la gare d’Hanovre et, sous divers prétextes, il abordait les garçons et les entraînait dans son appartement de la Neuestrasse. Il s’y prenait si bien que les employés de la gare pensaient qu’il était policier.

Dans la salle d’attente de la gare d’Hanovre, il y avait beaucoup de sans-abri et, pour eux, personne ne portait plainte s’ils disparaissaient. Ces jeunes misérables, comme leur propre famille, plus personne ne s’en souciait. Alors, une fois rendus chez Fritz Haarmann celui-ci pouvait leur faire ce qu’il voulait.

Les victimes de Fritz Haarmann s’accumulaient, et il n’était pas inquiété. Il faisait ami-ami avec la police, quitte à lui indiquer quelqu’un qu’il n’aimait pas lui qui évoluait comme un poisson dans l’eau dans les bas-fonds de la ville… Le criminel se sentait tellement insoupçonnable que, la nuit, un sac à charbon sur le dos, il allait jeter les os de ses petites victimes dans la Leine, la rivière qui traverse Hanovre.

S’il avait un commerce de vêtements donnant sur rue, lui habitait au 4e étage. Et, la nuit, ses voisins entendaient des bruits de scie et de hachoir. Les braves gens pensaient qu’il faisait du marché noir de viande de cheval.

Plus tard, plusieurs instruments de boucher furent retrouvés dans son logement.

Une frénésie sexuelle meurtrière

Fritz Haarmann était pris de frénésie sexuelle. Il mordait ses victimes à la gorge, il sectionnait leur carotide avec les dents. Un vrai vampire. Ce terrible prédateur sexuel, psychopathe, se procurait du plaisir sexuel en tuant la nuit. Auparavant, à la nuit tombée, il traînait à la gare à la recherche d’une proie.

Le jour, il se promenait le cigare à la bouche, en costume cravate, avec une pochette à la boutonnière.

Un dangereux pédophile, hyperactif, manipulateur.

Chez Fritz Haarmann l’acte prévalait sur la pensée. Il vivait l’instant sans se méfier et de fait, ainsi il n’attirait pas l’attention. Le mal qu’il a commis durant des années n’a rien de banal. Sa seule motivation profonde était une frénésie sexuelle, il voulait son plaisir à tout prix. Et il aimait le sang.

À partir du jour où il a découvert un plaisir intense en tuant, il a voulu recommencer.

Oui, le mal existe.

Et on repêcha des crânes dans la rivière…

Les disparitions finirent par arriver aux oreilles des autorités berlinoises. On envoya des policiers de Berlin pour épauler leurs collègues d’Hanovre, jugés incompétents.

Les policiers berlinois tendirent un piège à Haarmann, une nuit dans la gare d’Hanovre en y mettant deux jeunes garçons. Mais, Fritz Haarmann sentit le piège, les jeunes étaient trop beaux, trop propres, trop bien habillés.

Finalement, il sera tout de même arrêté.

Aucun remords, aucune compassion

Le 8 décembre 1924, le procès de Fritz Haarmann et Hans Grans commença.

L’assassin voulut assurer seul sa défense.

Quand les parents des victimes vinrent témoigner, il se moqua d’eux. Il n’éprouvait aucun remords. Comme il n’avait éprouvé aucune peine en donnant la mort dans la souffrance.

Oui, lors de son procès, il se remarqua par ses réparties, il ne donna aucun signe de vraie folie, c’était juste un dangereux psychopathe.

Il fut reconnu coupable le 19 décembre 1924, coupable de 24 meurtres et condamné 24 fois à la peine de mort.

Le 15 avril 1925, la sentence fut exécutée à Hanovre.

L’ogre de la gare d’Hanovre, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 11 euros en livre broché.

Le Chéri magnifique – Henri Pranzini

Viviane Janouin-Benanti

Le Chéri magnifiqueHenri Pranzini, publié chez 3E éditions, au prix de 4,99 euros en e-book et 12 euros en livre broché (426 pages).

Le criminel né – L’école italienne de criminologie : Lombroso

Au XIXe siècle, à chaque fois qu’un meurtrier était exécuté, on disséquait son corps, on prenait les mesures de son cerveau, de son visage, de ses sourcils, etc. Quand on additionnait les résultats de plusieurs dissections, ceux-ci étaient souvent contradictoires, peu importe, on en déduisit des thèses sur le criminel-né, les fameuses thèses du Dr Lombroso. Celui-ci et ses partisans estimaient pouvoir reconnaître rien qu’au premier coup d’œil un futur assassin. De préférence un type d’abruti. Les femmes disaient-ils étaient en général brunes avec de longs cheveux (c’était normal, il était en Italie). Pour Lombroso, le criminel a une capacité crânienne plus petite que celle de l’honnête homme. Or le cerveau de Henri Pranzini, dont je raconte la vie dans Le Chéri magnifique, pesait plus que le cerveau du célèbre homme politique Gambetta qui était tout petit. Les dents, le nez, la forme des mains au premier coup d’œil on devait repérer le criminel en puissance… Pour Lombroso et les criminalistes qui lui emboîtaient le pas, les criminels étaient des bêtes fauves, des plantes vénéneuses, dont il fallait se débarrasser non pas en raison de leur responsabilité, mais en raison de leur nocivité. Ils étaient des nuisibles. Platon avant eux proposait déjà d’épurer la société de ces potentiels criminels qui risquaient de la mettre en péril.

L’école anglaise de criminologie

Le Don Juan Henri Pranzini, Landru et tant d’autres contredisent ces théories. S’ils ont pu agir en toute impunité, c’est précisément parce que les gens qui les croisaient ne se doutaient de rien. Marc Dutroux, Patrice Allègre ont des physiques agréables. Rien justement ne les distingue de l’honnête homme. C’est souvent le cas pour les tueurs en série en particulier, mais aussi pour beaucoup de criminels de sang.

En réaction aux thèses italiennes, l’école anglaise s’est mise à dire que c’était la société et elle seule qui formait les criminels. L’histoire du tueur en série niortais Marseil Sabourin, dont je parle dans Le Meurtrier du mois d’août, le montre d’une certaine façon, il en va de même pour Pierre Rivière dans La Serpe du Maudit. Il est clair que pour ces deux assassins si la vie avait été différente, ils n’auraient pas tué.

L’école française de criminologie

Entre l’école italienne et l’école anglaise, une autre voie avec Ferry s’est mise à parler de populations dangereuses : les prostituées, les proxénètes, les marginaux de toutes sortes, les joueurs. Or rien que pour cette population en ce qui concerne les crimes de sang avec préméditation, on les retrouve rarement. D’autres étaient considérés sur le plan criminel comme dangereux : les oisifs, les célibataires, les mendiants, les vagabonds, les ivrognes, les saltimbanques, les chanteurs ambulants, les ignorants, les fumeurs, les femmes qui décident d’aller travailler hors de leur foyer et même les nourrices… La société devait les contrôler, sinon la délinquance ne ferait qu’augmenter.

Existe-t-il un profil psychologique du criminel ?

Au-delà de toutes ces fameuses théories qui ont fait couler beaucoup d’encre, existe-t-il un profil psychologique du criminel (j’entends par criminel, le tueur) ? Pour pouvoir donner une réponse à cette question, j’ai analysé des crimes de sang tous avec préméditation, à partir d’études que j’ai menées pour lesquelles j’ai écrit : Le Chéri magnifique, La Serpe du Maudit, Le meurtrier du mois d’août, La Séquestrée de Poitiers et j’ai étudié aussi les crimes du livre de mon mari Jeanne l’empoisonneuse, 13 crimes en Deux-Sèvres qui est inspiré par des histoires vraies, au total 17 cas.

Madeleine Miot. C’est une femme simple, modeste qui ne demande rien d’autre que de ne pas être battue. Constamment brutalisée par son mari, elle le hait. Elle va l’ébouillanter uniquement pour que les coups cessent. Elle le dira : les coups et les injures de son mari l’avaient rendue idiote. Fragile psychologiquement, elle supporte des années les maltraitances de son mari, sans oser se rebeller, sans oser s’en aller de peur de le mettre en colère. Effacée, soumise, petite personnalité, son ultime révolte sera son crime, que d’ailleurs elle n’assumera pas.

L’autre Madeleine Miot de Jeanne l’empoisonneuse, est issue d’une famille de paysans pauvres. Elle travaillera très tôt. Elle sera violée par un de ses patrons et deviendra fille-mère. Elle régularise avec un homme de 30 plus âgé qu’elle. Mais elle restera attirée par les jeunes gens de son âge et aura des amants. Finalement elle va en prendre un de 16 ans plus jeune qu’elle, elle va lui donner les économies de son mari. Il s’en aperçoit, il veut que ça s’arrête, aux yeux de Madeleine Miot, il n’y a qu’une issue : il faut tuer le mari. Mais, comme beaucoup de meurtriers, elle n’est pas très futée, elle aura des propos après la mort de son mari, qui mettra la gendarmerie sur la voie. À l’audience, elle insultera les témoins. Ce n’était pas une femme très intelligente, en revanche elle savait être persuasive pour pousser son amant à tuer son mari. Mais, une fois le crime accompli, elle perd les pédales et parle à tort et à travers. C’est une femme qui a un bel appétit sexuel et qui ne recule devant rien pour satisfaire ses désirs. Elle veut vivre avec son amant, donc le mari doit disparaître. Elle veut aussi hériter de ses biens. Elle ne sait pas se priver, elle veut tout, tout de suite. Son mari est âgé, elle pourrait attendre qu’il décède, d’autant qu’il n’est pas très regardant sur ses amants, non elle est incapable de patienter.

Pierre Rivière, toujours dans Jeanne L’empoisonneuse, lui aussi est un impulsif, violent, calculateur, manipulateur, trop du reste, c’est pourquoi il se fera prendre. Il prépare soigneusement son crime, ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que la victime s’attendait à un mauvais coup de sa part et l’avait dit. Pierre Rivière depuis son enfance, aime tuer les animaux, les regarder mourir lentement, les voir souffrir. Il aimera regarder sa victime agonir. Il a un sang-froid impressionnant, le lendemain de son crime, il fera un coup pendable, mais il n’avouera jamais.

Jeanne Beloin, c’est une madame Bovary, elle rêve tout le temps. Elle est complètement coupée de la réalité, qui lui paraît sans intérêt. Ce manque d’accroche au réel, cette déconnexion de la réalité, sa propension à rêver en permanence, elle attend le prince charmant, font que son mari bien réel lui, ne correspond pas à ses rêves. Le luxe l’attire, l’argent. Un amant riche va arriver au bon moment pour exciter son imagination. Elle aussi se débarrassera de son encombrant mari. Elle l’empoisonnera sans le moindre scrupule.

Les femmes criminelles

Les femmes sont souvent plus courageuses que les hommes, elles savent avouer leur crime. Beaucoup de criminels, hommes, n’assument pas leurs responsabilités, même quand ils sont de toute évidence instigateurs du crime ou même directement auteurs.

Marie Bonnin dans Jeanne L’Empoisonneuse, montrera une patience, une méthode pour tuer son mari, extraordinaire. Sans montrer la moindre pitié. Une insensibilité qui laisse sans voix. Elle regardera son mari mourir dans des souffrances épouvantables, sans rien faire pour lui venir en aide. On voit que quand ces criminels ont pris la décision de tuer, rien ne les fait revenir en arrière. Rien ne les fait changer d’avis. On se dit que le divorce est un progrès, les femmes qui tuent leur mari, c’est toujours parce qu’elles n’ont pas le courage de divorcer. Elles sont souvent lâches envers autrui et en même temps complètement blindées à la souffrance des autres. Les criminels de sang sont souvent des égoïstes incroyablement égocentriques.

Les couples criminels

Les couples criminels comme Marie Bonnin et Joseph Courtin, deux amants maudits de Jeanne L’empoisonneuse, passionnés, s’aiment d’un amour destructeur. Ils tuent plutôt que d’être séparés. Ils ont trouvé dans l’amour-passion la compensation à tous les échecs de leur vie, c’est la double ambivalence : leur amour est salvateur et aussi destructeur. Marie Bonnin méprise son mari, il lui est totalement étranger. C’est pourtant un homme bien, il est bon envers elle, il éduque l’enfant de son amant, comme si c’était le sien. Certes son amant la harcèle pour qu’elle se débarrasse de son mari, c’est lui qui lui procurera l’arsenic, mais elle le tuera sans regret, sans compassion. Comme beaucoup d’empoisonneurs, ils tuent lentement, sans aucune pitié. Marie Bonnin va empoisonner avec obstination, sans jamais fléchir durant les 11 jours où elle va administrer le poison. Elle n’est pas seulement sous la coupe de son amant. Elle tue par plaisir. Et à ce moment-là, elle est seule. Et c’est une caractéristique de l’assassin, c’est un solitaire, même quand il a un complice, il est responsable de ses actes.

Le couple Lamy et Drouet, c’est pareil, ils s’aiment passionnément. L’obstacle à leur amour, c’est encore et toujours l’affreux mari. Eh bien, on va le tuer. Ils sont à la fois, impulsifs et patients. Impulsifs, ils n’ont qu’une idée : être ensemble. Ils ne pensent qu’à ça. Eux aussi pourraient divorcer. Ce serait plus simple, plus logique. Mais le criminel a sa logique propre, qui n’est pas celle de l’honnête homme. Les amants maudits vivent un amour ravageur. Dans Jeanne L’empoisonneuse, 13 crimes en Deux-Sèvres, on voit comment Ernestine Drouet essaie mille et une façons d’empoisonner son mari.

Les mobiles du crime

On tue pour tous les motifs, et la cupidité en est un. Pour ne pas perdre de l’argent, un homme ou une femme dont la cupidité domine sera capable du pire, même de tuer un enfant. C’est le cas de René Charon. Il tuera son beau-fils pour une poignée de francs. Lui aussi n’avouera jamais, la franchise n’est pas son fort. Il n’assumera pas son acte. Il en va de même pour Coelorum, qui aurait pu ne pas tuer, il envie la clientèle de son cousin, mais est-ce suffisant pour tuer ? Non, quand on étudie le comportement des criminels de sang, on s’aperçoit que derrière l’appât du gain, il y a d’autres motifs et la haine est le plus souvent en filigrane : haine de la société dans laquelle ils vivent, haine de leur milieu social dans lequel ils estiment qu’ils ne sont pas à leur juste place. Les cupides agacent les jurés et on leur accorde rarement des circonstances atténuantes. Dans l’affaire du crime de Breloux, les jurés ont délibéré 40 minutes avant de lui donner la peine maximale.

Eh puis, il y a ceux qui commencent dès leur plus jeune âge. Giraudeau est de ceux-là. Il martyrise les petits animaux, commet des vols. Il fait peur à tous les autres enfants, tant sa cruauté est grande. Adulte, il tuera lui aussi sans pitié un vieillard pour des raisons incroyables. Et ses parents, qui sont de bons parents, n’y peuvent rien. Ils font tout pour l’éduquer, lui apprendre le bien et le mal, rien n’y fait. Leur fils deviendra un fainéant qui ne recherchera que l’argent facile, ne supportant pas les contraintes. : lui aussi veut tout et tout de suite. Il ne supporte pas les privations. Il aime les plaisirs et il lui faut de l’argent pour en avoir. Il l’obtiendra au prix du sang. Il ne connaîtra pas le remords. On peut dire qu’il devait tourner mal, on n’est pas surpris qu’il devienne un criminel.

Clément Boudié a des points communs avec lui : dès son enfance, il donne des signes de délinquance. Il est cruel, bagarreur. Curieusement durant son temps à l’armée, il ne fera pas de bêtises. Avec le retour à la vie civile, il recommencera. Il sera violent avec sa femme. Il tuera d’une manière terrible. Henri Pranzini lui aussi se tiendra tranquille à l’Armée, comme si la discipline, l’encadrement, le préservaient de la criminalité.

Le tueur avec préméditation

Pour résumer, il y a bien un profil psychologique du criminel qui tue avec préméditation :

C’est d’abord, un calculateur et souvent un manipulateur. Très égoïste, il est seul au monde et méconnaît ou oublie la pensée d’autrui. Il ignore la pitié, il peut même prendre un plaisir sadique à voir sa victime souffrir, auquel cas du reste, il récidive. Dans son enfance, il prend plaisir à faire souffrir les animaux ou ses petits camarades. Il est souvent violent, batailleur, adulte encore. Ou il réprime une grande violence en lui, c’est le cas des empoisonneurs.

Il a un grand mépris non seulement pour sa victime, mais du genre humain, dans lequel il ne se reconnaît pas ou dont il sent supérieur. Il est fréquemment insensible à sa propre souffrance. En apparence d’un grand sang-froid… Plusieurs criminels jeunes sont montés à l’échafaud en crânant. Marseil Sabourin dans Le Meurtrier du Mois d’août, après avoir entendu l’énoncé du verdict a félicité son avocat de l’avoir défendu, Landru en a fait autant. On dirait que ce n’est pas leur sort qui vient de se jouer. Durant leur procès, beaucoup d’assassins sont très calmes, ne trahissant aucune émotion. Dutroux en arrive même à dormir…

Dans 80 % des cas, le tueur a un amour effréné des plaisirs, il ne sait pas résister à ses pulsions. Il convoite le luxe et le bien d’autrui et se montre dès qu’il a de l’argent dépensier. L’envie est un de ses caractères dominants.

Pour l’assassin, tuer lui donne un soulagement, souvent de courte durée, c’est l’éclatement d’une pulsion en particulier pour les sadiques.

Parfois intelligent, mais plus souvent rusé, il est d’une insensibilité morale complète, c’est un signe du reste de dangerosité pour une société.

Le futur assassin ne peut s’adapter à la société ou au moins à son milieu, et il se met à le haïr. Il a une détermination farouche, impitoyable… Il ressent une humiliation, ne s’estimant pas à sa juste place, il a accumulé les rancœurs qui éclatent au moment du meurtre. Parfois il donne l’apparence d’être adapté à son milieu, mais après le crime, quand on gratte un peu dans son histoire, on s’aperçoit qu’il n’en est rien… Il éprouve souvent un complexe d’infériorité, il va décider en tuant de désormais tenir le rôle vedette dans sa propre vie. En tuant, il prend une revanche.

Le criminel reste souvent un adolescent attardé, il arrive à se faire prendre pour des stupidités, alors que par ailleurs il s’était montré brillant. Qu’on pense à Landru qui prenait toujours deux billets aller, et un seul billet de retour. Fatalement, il devait finir par se faire prendre. Comme un enfant, il ne sait rien se refuser.

Le sentiment de toute-puissance

Il est dénué de scrupules et souvent vaniteux, beaucoup se font prendre pour cette raison. Le tueur veut exercer son pouvoir sur la vie de ses semblables et il ne voit qu’un moyen le crime. Carlos n’a aucun remords. Il considère lui-même qu’il a tué près de 1 500 personnes avec ses attentats, dont 10° selon lui étaient des innocents, mais il ne condamne pas ces attentats, il s’étonnera même et dira : Pourquoi condamner ? Il y a une absence de regret pour l’acte, une absence de compassion pour les victimes et leurs familles. Sauf pour le crime passionnel sous forme de pulsion. Marcel Sabourin dans Le Meurtrier du mois d’août montrera du repentir et pleurera en avouant son dernier crime.

Il a un sentiment de toute-puissance, une exaltation avant le meurtre qui ne peut qu’aboutir au crime. S’ils sont, pour certains aventuriers, c’est le cas notamment de Henri Pranzini, qui n’aura pas peur de prendre des risques, les tueurs d’enfants en revanche se caractérisent par leur lâcheté.

Les tueurs en série

Toutes ces caractéristiques font que, dans le cas des tueurs en série, il y a toujours un proche qui sait. Mais qui se tait et c’est cela qui est terrible pour les familles des victimes, qui se disent que si ce proche était intervenu, des crimes auraient pu être évités.

La religion et les criminels

Sainte Thérèse de Lisieux engagea sa vocation sur Henri Pranzini, elle pria qu’elle entrerait dans les ordres si le grand criminel se convertissait. Au dernier moment, il embrassa le crucifix.

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Haine maternelle – 13 crimes en Loire-Atlantique

Haine maternelle

13 crimes en Loire-Atlantique

Haine maternelle, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 10 euros en livre broché.

Un livre où on s’immerge dans le crime, l’exceptionnel et le quotidien.

Tout commence au bord de la mer, dans une région réputée paisible, qu’un homme va réveiller. Homme oui, criminel absolument.

Le pas vif, Jules Grand longe la grande côte qui s’étend à l’ouest du Pouliguen. La température est encore douce pour cette semaine de Noël. Un fort coup de vent de sud-ouest pousse rapidement les nuages qui ne donnent pas encore de pluie. Grand éprouve le besoin de se frotter de plus près à la colère des éléments, il se rapproche de la grève. Le bruit lourd des vagues se fracassant contre les rochers de la baie de la Bonne Vierge devient assourdissant, les embruns atteignent maintenant son visage. Loin de refuser la confrontation, il fait face au vent, se rapproche encore de l’océan. Pour éviter de se faire asperger, il est maintenant obligé de se déplacer au gré de l’arrivée des trains d’eau. Aux aguets de chaque mouvement de l’océan, il anticipe la vague et évite à chaque fois la langue liquide qui cherche à l’atteindre. Il est fier de son pied sûr qui lui permet de sauter rapidement de rocher en rocher sans jamais glisser. Il est plus fort que le vent et les flots, il est Jules Grand.

Pour prouver sa puissance, il se plante face à l’océan sans bouger, bombant la poitrine comme s’il s’offrait à un peloton d’exécution. Les vagues s’écrasent sur sa droite et sur sa gauche sans le toucher. Seuls les embruns humidifient son visage. Il ne craint rien, il est invincible ;

En remontant le chemin côtier, la peau de Grand se tire et des picotements lui parcourent le visage. Sous l’effet du vent et des embruns, ses lèvres et sa moustache se sont chargées de sel. S’il est un peu dégrisé, son sentiment de puissance n’a pas disparu. Rien en peut s’opposer à lui, il n’a peur de personne. Quand il voit le curé Pierre Ripoche qui part à la chasse le fusil sur l’épaule, il ne cherche pas à l’éviter. Crânement, il passe près de lui, lui adresse un vague salut, et continue son chemin vers le Grand-Fol où il réside, sans dévier, sans chercher à cacher la route qui mène à son repaire.

S’il a été condamné à mort, Grand sait que personne ici ne connaît son visage. Son crime, il l’a commis à Grasse, durant son incorporation à l’armée. Déjà, à dix-sept ans, il avait échappé à la prison en prenant 8 mois avec sursis au tribunal d’Aix-en-Provence, pour avoir tiré plusieurs coups de revolver sur un camarade qu’il avait légèrement blessé. Cet épisode lui avait valu d’être incorporé en 1906 dans le 23e bataillon des chasseurs alpins, un corps semi-disciplinaire. Dès le premier jour, son capitaine entendit parler de lui. Une Italienne lui avait demandé d’ordonner au soldat Grand d’épouser sa fille qu’il avait séduite, puis déshonorée en la mettant enceinte. L’insistance du capitaine fut faible. Grand ne répara pas. À part une bagarre avec un autre soldat, le capitaine n’entendit plus parler de lui. Tant bien que mal, le soldat Grand s’était adapté à la vie militaire, bien que son caractère solitaire souffrît de l’autorité et d’un cadre de vie trop réglementé.

S’il fréquentait peu ses camarades, Grand aimait sortir en ville. Pour satisfaire une maîtresse dépensière, il avait toujours un pressant besoin d’argent. Il s’en procurait par des petits trafics et des vols. En juin 1908, il pénétra dans le bureau de la cantinière et y vola de l’argent et du vin. Pour éviter qu’une fouille le dénonce, il avait caché son butin dans une grange. C’est en allant le reprendre, quelques jours après, qu’il avait été surpris par le caporal Ferminier qui le surveillait ; le doute pesait déjà sur lui. Pour s’enfuir, Grand avait tué le caporal. Les gendarmes, alertés, s’étaient immédiatement lancés à sa poursuite. Ils l’avaient rattrapé et capturé. Grand fut traduit en Conseil de guerre. Sachant ce qui l’attendait, il accusa des camarades, puis joua la folie. Si personne ne fut dupe, même à l’armée il était nécessaire d’instruire sans rien négliger, on l’emmena à l’hôpital militaire où le médecin aliéniste le déclara « ni aliéné, ni déséquilibré, ni alcoolique, ni épileptique, ni hystérique… » Bien sûr qu’il n’était pas fou, il était même plus intelligent que les gradés, puisqu’il savait que dans l’hôpital ses possibilités d’évasion étaient plus grandes ! La nuit, entre deux rondes, il utilisa un des barreaux de fer de son lit pour creuser un trou dans le mur extérieur. Il masqua l’ouverture par une table de nuit et descendit du deuxième étage au premier en utilisant une corde de draps. Il atterrit dans la chambre d’un officier d’où il sortit le plus tranquillement du monde. Content de son coup il s’en vanta dans une lettre à sa maîtresse, dans laquelle il se moquait de l’imbécillité des militaires qui l’avaient cru fou !

Sa fuite le dirigea, le 4 octobre, vers le café de Peymeinade où, à court d’argent, il poignarda Valentine Giraud, une jeune cabaretière, pour puiser dans la caisse. Le patron étant arrivé à temps, on sauva la jeune employée. Grand échappa aux gendarmes à sa poursuite, en tirant sur eux ; il en blessa un à l’épaule. Déclaré déserteur, c’est par contumace que le Conseil de Guerre de Marseille condamna Jules Grand à mort le 24 mai 1909 pour assassinat, tentative d’assassinat et vol. Depuis, on le recherchait activement dans le sud de la France.

Lui, après un court détour par Marseille et Martigues, avait fui vers la côte atlantique, Bordeaux d’abord, puis Nantes et Le Pouliguen maintenant. C’est dans le train qui le menait de Nantes à Saint-Nazaire qu’il avait décidé de prolonger son trajet jusqu’à la gare de La Baule. Il avait été convaincu de la justesse de son choix par l’affiche des chemins de fer d’Orléans qui montrait les luxueuses villas de Pornichet, La Baule et le Pouliguen, et surtout par la conversation qu’il avait eue avec un voyageur qui lui parlait de l’insécurité grandissante : « Vous les citadins, vous savez qu’en vous mettant à la fenêtre et en appelant à l’aide, vous aurez vite fait de créer un attroupement et que la force publique elle-même viendra à votre secours. Mais à la campagne, c’est bien différent, les voisins sont souvent loin et même s’ils sont proches, après neuf heures, on s’enferme, on ne sort plus, surtout en hiver. Vous pouvez crier, vous ne serez pas entendu. »

Arrivé au Grand-Fol, Grand oblique vers Ker-Elvé, la belle villa au bord de la mer qu’il a réquisitionnée. Pour entrer, il passe par-derrière, enlève le madrier qui maintient fermé le volet de la fenêtre qui sert d’entrée, et pénètre chez lui. Cette maison, il l’a fait sienne. Son vrai propriétaire, Denaud qui habite Cholet, ne vient qu’aux beaux jours. Ce n’est pas la première villa que Grand a cambriolée, lorsque le train l’a déposé à La Baule début décembre. Seulement cette grande villa, près d’un grand Christ en croix, l’a tout de suite séduit. Face à la mer, hors des chemins fréquentés, légèrement surélevée pour une bonne observation, elle lui offre un refuge parfait. Il a verrouillé la grande porte d’entrée. Un système de cordes, partant de la porte principale et de la fenêtre de la cuisine, vers un arrosoir plein d’eau posé en équilibre, lui sert de système d’alarme en cas d’intrusion.

Sa promenade au grand air lui ayant donné faim, Grand se met à plumer deux poulets et un canard. Il les a volés chez Loday, le boulanger du Pouliguen. Il avait repéré les lieux plusieurs fois et l’avant-veille, vers deux heures du matin, il a franchi la clôture de fer du jardin, fracturé la porte du poulailler pour repartir avec une douzaine de volailles. Maintenant il les plume pour préparer son festin de Noël. S’il n’a personne avec qui partager cette fête, il veut se faire plaisir avec un bon repas : à vingt-quatre ans, il a bon appétit. Sa corvée accomplie, Grand monte dans sa chambre, allume une lanterne à pétrole, sans aucun risque d’être vu ; la pièce donne sur la mer et il a pris la précaution de calfeutrer la fenêtre pour ne laisser passer aucune lumière. Ce soir, il choisira de lire : La bête humaine de Zola. Il s’endormit au moment où Jacques Lantier, après avoir entendu le récit du meurtre auquel sa maîtresse Séverine a participé, voit dérouler dans sa tête des images qui l’empêchent de dormir : « Le couteau entrait dans la gorge d’un choc sourd, le corps avait trois longues secousses, la vie s’en allait en un flot de sang tiède, un flot rouge qu’il croyait sentir lui couler sur les mains. Vingt fois, trente fois, le couteau entra, le corps s’agita. Cela devenait énorme, l’étouffait, débordait, faisait éclater la nuit. Oh ! donner un coup de couteau pareil, contenter ce lointain désir, savoir ce qu’on éprouve, goûter cette minute où l’on vit davantage que dans toute une existence ! »

Affalé dans un fauteuil, Grand apprécie cet après-midi de Noël, quoiqu’il se sente un peu lourd : il a trop mangé. Trop bu aussi. Il a accompagné son poulet et ses pommes de terre de deux bouteilles de saint-émilion, pour terminer sur deux verres de liqueur et des biscuits nantais au champagne. Il s’est approvisionné au « café des Marsouins », l’établissement de Tellier, qu’il a cambriolé la nuit du 19 décembre. La porte du café avait résisté aux coups de levier qu’il avait exercés avec sa barre de fer. Il avait finalement réussi à pénétrer dans la boutique en arrachant les gonds de la porte de la cuisine qui donnait sur l’arrière. Il était en sueur après cet exercice, mais le butin en valait la peine : quatorze bouteilles de liqueur, neuf de champagne, quatre de saint-émilion, douze bougies, des allumettes, du sucre, du vinaigre, neuf de boîtes de conserve, des biscuits nantais… de quoi passer un bon réveillon. Deux tours lui furent nécessaires, un panier dans chaque main et un sac d’alpiniste sur le dos. Bien pratique ce sac, il l’avait chapardé dans le chalet « Les korrigans » qui appartenait à Carrouget, un directeur d’école de Neuilly-sur-Seine. Pour ce chalet-là, avec tous les livres d’école qu’il avait emportés, il lui avait fallu deux tours également.

Grand aime bien les livres d’école ; il prend particulièrement plaisir à lire les histoires qui accompagnent les leçons de morale. Bien que la sexualité ne soit jamais abordée dans ces livres, il sait que ce qu’il va faire maintenant n’est pas bien. Il ne peut cependant étouffer le désir qui monte en lui. Il en connaît l’origine, la petite bergère. Depuis trois jours, il passe ses après-midi à l’observer. Il l’a découverte en faisant son tour d’observation dans le grenier. Sur toutes les faces de la toiture, il a fait sauter quelques ardoises à hauteur de sa vue. Il a ainsi une vision parfaite de ce qui se passe autour de lui, sans risque d’être vu… Au nord, il avait l’habitude voir le champ avec la petite cabane toujours vide. Et puis elle était venue avec ses moutons mercredi dernier. Le premier jour, il s’était simplement assuré que ce n’était pas une menace pour lui. Le deuxième, il l’avait détaillée. Il était même sorti pour l’attendre sur le chemin afin de la voir de plus près. Elle était jeune, une quinzaine d’années ; sa poitrine pointait à peine sous son corsage. Son visage, ni laid ni joli, était très expressif. Elle dégageait une grande joie de vivre quand elle souriait. Son regard restait cependant farouche. Un charmant petit animal sauvage, pensa Grand, sûrement vierge. Il le lui fallait. Le soir même, il avait fracturé la porte de la petite cabane avec une idée derrière la tête.

L’esprit un peu embrumé par l’alcool, Grand se lève prend sa longue-vue qu’il a dérobée dans la villa Sénaphon, toute proche de son repère, et monte dans le grenier. La petite tricote près de la cabane. Elle est absorbée par sa tâche. Une fille sérieuse, se dit Grand. Il focalise bien sa longue-vue sur la jeune fille, la stabilise contre le rebord d’une ardoise pour une longue observation. Il remarque que lorsqu’elle s’arrête de tricoter, machinalement elle presse les deux mains contre les côtés de sa poitrine. Un geste rapide et spontané. Cela excite fortement Grand. Il déboutonne son pantalon, enveloppe son sexe de sa main. Les tressautements de la lunette qui fatigue sa vue, ne l’empêchent pas d’éjaculer au troisième effleurement de la poitrine qu’il surprend.

Grand reste un peu hébété. Il se sent mieux. Il remet de l’ordre dans sa tenue, range sa longue-vue, se lave plusieurs fois les mains. Sa décision est prise, il va assouvir complètement son désir.

Et Jules Grand va tuer et tuer encore. Son procès se déroulera à Nantes dans une effervescence nationale. Le criminel qui a fait trembler Loire-Atlantique et Vendée est fier de lui. Il jouera le fou… En vain. Il sera exécuté.

Pour cette exécution, Anatole Deibler s’accorda un satisfecit ainsi qu’au condamné : « Grand a montré du courage. Il est mort dignement. Pourtant quand je lui faisais la toilette, il tremblait sur son escabeau, je l’ai bien senti. » Un journaliste commentera : « Il a eu le courage des criminels qui savent qu’on les regarde et les guette. C’est un triste courage fait de honte et de vanité. »

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L’enfant assassin – François 12 ans

L’enfant assassin

François, 12 ans

L’enfant assassin, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 10 euros en livre broché.

François lance avec rage une pierre à angle aigu dans la rivière du Bono qui coule à ses pieds. Il en ramasse une autre et une autre encore avec toujours cette violente colère dans ses yeux bleus.

Non ! non et non, je n’irai pas chez cet Adilias.

Le fermier Vincent Adilias l’attend… Jusqu’ici, il ne l’a jamais rencontré. Une chose est sûre, il va devoir aller travailler chez lui.

À ses pieds, la rivière du Bono fait des remous. Des mouettes se posent à contre-courant, puis très vite remontent le bec plein d’un poisson. Ici, les remous grossissent, débordent même. Parfois, elle sort de son lit.

François entre dans l’eau jusqu’aux cuisses. Elle est froide, froide comme le monde, froide comme la vie. Maman ne m’aime pas. Papa ne m’aime pas. Et maintenant voilà grand-mère qui ne m’aime plus. La preuve, elle me laisse partir chez cet Adilias.

La ferme de Vincent Adilias n’était pas une très grosse ferme, mais elle était très bien entretenue. Le fermier et son épouse s’en étaient toujours occupés tout seuls, même si son frère et son père venaient leur donner un coup de main en cas de besoin.

Seulement, Yvonne était décédée voici un mois et son veuf ne fournissait plus. Il avait trente-cinq ans. Il s’était marié tard avec Yvonne et ils avaient mis du temps à avoir des enfants. Finalement, ils en avaient eu deux : Gaëlle, âgée de sept ans, et Yvon, âgé de cinq ans. L’homme et la femme avaient fait un mariage d’amour et les petits en étaient le fruit.

Quand pour la première fois, Vincent Adilias rencontra François Dicondale, il comprit tout de suite que l’enfant de douze ans, malgré tout le bien qu’en disait son père, n’était pas facile. Tout d’abord, il devait venir le 5, son père ne l’emmena que le 6. Comme Dicondale donnait l’impression d’être un homme de parole, le problème venait donc de son fils. Vincent Adilias eut le sentiment que l’enfant ne venait pas chez lui de son plein gré.

La table est desservie, Vonvon, maintenant, est endormi. Le fermier tresse un panier. Madeleine file le chanvre et Gaëlle enroule le fil. François frotte sur un couteau une pierre à affûter. Il ouvre grand les oreilles. De sa voix douce et enveloppante, la jeune fille touche son cœur. Il l’aime plus de jour en jour.

L’arrivée de François à la ferme avait distrait Gaëlle de la perte de sa mère. Depuis l’entrée de Madeleine, elle avait eu du réconfort. La petite fille était très docile et n’avait pas eu de mal à s’adapter à cette nouvelle présence féminine. Même si, bien sûr, Madeleine ne pourrait jamais remplacer sa mère.

La première fois que la fillette vit François Dicondale, elle surmonta sa timidité et se dirigea droit vers lui en lui tendant la joue, le garçon l’embrassa machinalement, puis l’ignora. Gaëlle, qui écoutait leurs pères discuter, toute prête à s’ouvrir à cette nouvelle relation, en conçut une légère amertume qui perdura quelques jours. Une probation durant laquelle François fit comme si elle n’existait pas.

Lui remarquait surtout Vonvon et il était en opposition continuelle avec l’enfant.

Aujourd’hui, c’est vendredi, un jour maigre : le jour du poisson. À cette époque à Plougoumelen, on mange peu de poisson et guère plus de crustacés. En tout cas, jamais d’huîtres. Pourtant il est une journée où, pour le coup, moules, bigorneaux et palourdes vont rassasier tout le monde, c’est le Vendredi saint.

Les femmes ont relevé leurs jupons et les hommes leur bas de pantalon, tout en gardant bien enfoncé leur chapeau sur la tête. Elles portent comme d’habitude leur coiffe blanche, meilleure protectrice contre le soleil. C’est la petite révolution annuelle. On chante, on siffle en ramassant les coquillages. Les enfants eux se courent après. Il fait étonnamment beau.

Il suffit de se baisser pour prendre des palourdes. Les crustacés seront la nourriture de la journée en plein air. Plus du pain et quelques oignons pour rehausser ce goût auquel on n’est pas habitué. Plus encore du cidre pour ôter l’arrière-goût.

François feint de ne pas prêter attention à Madeleine. Elle, elle ne le voit pas, uniquement préoccupée par sa pêche et soucieuse des enfants de Vincent Adilias. L’adolescent lui est indifférent. Peu lui importe s’il triche un peu pour se retrouver plus souvent qu’à son tour dans le champ de ses jambes.

Conscient qu’il avait sévèrement puni François, Vincent Adilias était satisfait. Il comptait que cela lui serve de leçon afin qu’à l’avenir il ne fasse plus de mal à son fils.

Hier, François a réussi à finir son petit cheval ; à chaque entaille dans le bois, il voyait devant lui les yeux verts et le visage plein de taches de son de Madeleine. Depuis déjà pas mal de temps, il lui laissait entendre que bientôt il lui offrirait un merveilleux cadeau… Elle l’écoutait sans rien dire, prêtant peu d’attention à ses propos d’enfant. Son petit cheval, c’était son chef-d’œuvre. Madeleine en le découvrant pousserait des cris de joie. Il prévoyait des embrassades. Il en était sûr, après elle l’aimerait non pas comme un enfant, mais comme un homme. Éternellement… Sa sculpture était un vrai bijou.

Pour mieux capter la confiance de Vonvon, François lui caressait les cheveux, ravalant sa répugnance.

La journée s’annonçait exceptionnelle, elle serait simplement, hélas, unique.

Puis, François donna un petit bisou à Vonvon et lui glissa à l’oreille.

À tout à l’heure, t’oublie pas, je t’attendrai. J’ai plein de choses à te montrer.

Oui, fut la réponse de Vonvon, qui ne pouvait imaginer la duplicité qui se dérobait dans le regard de son nouvel ami.

Sitôt dehors, François eut un mauvais sourire. Il allait voir ce qui l’attendait ce chouchou à tout le monde. Il n’avait que cinq ans, et alors ! Sa décision était ferme : aujourd’hui, il le tuerait. Plus jamais il ne viendrait s’intercaler entre Madeleine et lui.

Le crime d’un enfant est exceptionnel. Cette affaire secoua la Bretagne. François, un enfant comme les autres, mais animé d’une passion d’homme avec la jalousie qui va avec. À Plougoumelen, près de Vannes.

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Les cornes de pierre – une nouvelle enquête du juge Nourry

Le roman Les cornes de pierre de Jean-Paul Grellier est au cœur de l’enquête. Dans ce roman, une nouvelle fois, le juge Simon Nourry est envoyé à Fontenay-le-Comte, en Vendée pour élucider une affaire qui va générer de nombreux rebondissements.

Durant l’enquête, un procureur tremblera derrière son magnifique bureau Louis XV.

Nous sommes en 1817, dans un bateau qui approche de la Vendée, le marquis Maximilien de Salenceau rentre au pays, après un exil au Canada, où il s’est fait oublier. Étrange homme, il y a une trentaine d’années, il a été condamné à mort par contumace. Plutôt que de se retrouver au bagne pour ses crimes, il s’est enfui avant son procès et a filé au Québec, là où personne ne le connaissait sous son vrai jour.

Pourquoi, déjà, les magistrats rêvaient-ils de le pendre ? Dans la paisible bourgade de Fontenay-le-Comte, plus personne ne s’en souvient. Mais le marquis, lui, n’a pas oublié, loin de là. Il revient pour se venger et récupérer et son titre, et son château et ses terres vendéennes.

Mais qui donc les occupe à présent ?

Le marquis, aujourd’hui, a pris de l’embonpoint, il a tellement bourlingué que ses cheveux en sont devenus tout gris. Il a aussi une étrange balafre sur son sein gauche…

Les cheveux au vent, il se tient sur le bateau qui le ramène en France avec son fidèle compagnon, qui a été constamment à ses côtés durant les bons et mauvais moments, durant 30 ans. Mais bon, pas de sensiblerie, c’est bon pour les femmes et les enfants, le marquis sort discrètement son poignard effilé et l’enfonce dans le cœur de son ami, puis il soulève le cadavre et le jette dans l’océan. Un de moins, pensa le marquis.

Je suis désolé, mon vieux, tu représentais un trop grand risque, murmura le marquis en guise d’oraison funèbre…

 

Le marquis n’est pas le seul à revenir en Vendée pour régler des comptes, un autre, le jeune capitaine Fouildrit aussi. Il est accompagné de son aide de camp Gomêche.

Le capitaine n’avait pas encore atteint la trentaine. Les peintres d’église des temps jadis l’auraient volontiers recruté comme modèle pour leurs madones tant sa beauté avait quelque chose d’angélique. Sa voix au timbre efféminé aurait plus dans tous ces salons secrets où se pressaient les bougres en mal d’hédonisme.

L’autre soldat, qui répondait au nom de Gomêche, paraissait bien plus âgé, mais les rides qui tailladaient son front et ses joues s’étaient davantage creusées par l’effet du vent, du soleil ou des frimas de sa vie militaire que par le poids des années passées.

Gomêche n’avait ni patrie, ni domicile, ni famille. À dix-sept ans, quand il s’était engagé dans l’armée portugaise, Pedro Alvaro Gomes Pinheiro ne connaissait de son pays que les rues pouilleuses et malfamées du quartier de l’Alfama à Lisbonne et ce qu’en disaient les vieux marins dans les bouges de la Ville Basse près du Tage. Des horizons lointains, des caravelles en partance pour les Moluques ou les Quarantièmes rugissants. Des rêves d’une époque disparue à jamais. Il alla de garnisons en citadelles, dans l’arrière-pays, se soumettant aux ordres secs de ses capitaines, aux quolibets et aux vexations des officiers, de jeunes cadets de bonne lignée. Un jour, à la caserne, parvinrent des rumeurs étouffées et probablement quelque peu déformées : là-bas, quelque part au-delà des montagnes, les pauvres du royaume de France avaient brûlé tous les châteaux, enfermé les seigneurs et coupé les têtes du roi et de la reine. Pedro Alvaro se mit alors à vouloir donner un sens à ces mots bizarres : liberté et égalité.

Le capitaine Fouildrit et Gomêche arrivaient à Vouvant. La haute muraille de pierre qui entourait l’antique cité protégeait toujours la ville d’un féroce ennemi qui n’existait plus que dans les histoires. Située trop à l’écart des nouvelles routes qui sillonnaient le pays, Vouvant semblait endormie, frileuse, lourde de son passé médiéval et légendaire. Le haut donjon qui s’élançait dans le ciel ne servait plus guère que de nichoir pour les corneilles ou quelques chats-huants. Mélusine, dit-on, l’avait construit en une seule nuit, transportant dans sa dorne les pierres qu’elle avait récupérées on ne sait où. Pauvre fée qui, chaque samedi, devait se transformer en monstre, mi-femme mi-serpent à écailles, que son époux ne devrait jamais contempler. Étrange fée qui n’avait trouvé comme plaisir que l’idée saugrenue de poser des tas de donjons là où il ne venait plus personne.

Tandis que les charbonniers, ces carbonari agissaient en secret. Comment faire pour infiltrer la société secrète ?

Simon Nourry occupait depuis plus de trois ans, les fonctions de juge d’instruction chargé des affaires criminelles au tribunal de Bourbon-Vendée, chef-lieu du département. Les plis détrempés de sa cape et les traces de boue, que le piétinement de son cheval avait projetées sur son visage juvénile, accentuaient cette apparence de mélancolie et de mal de vivre qu’on lui connaissait. Mais un observateur particulièrement attentif aurait d’abord remarqué, au fond de son regard, cet étranger éclat que l’on rencontre d’habitude chez le chasseur, marque d’une intense excitation à l’approche d’un nouveau gibier à poursuivre.

À ses côtés, Jean-Jeanneau, caporal-chef dans le corps des gendarmes à cheval, avait été nommé comme agent supplétif au tribunal d’instance, à cause du manque crucial de personnel disaient certains, pour ses évidentes qualités de perspicacité et de débrouillardise, affirmaient les autres.

Un homme, un vagabond, semblait-il, avait été poignardé dans la forêt. Le procureur Charles-Henri Auzanneau avait ordonné au juge Nourry de mener l’enquête et de trouver le coupable.

 

Vous devriez être plus prudent dans vos relations. Monsieur Nourry. Vos rencontres épisodiques avec une tenancière de bordel, la belle Daphné, sont particulièrement imprudentes. Surtout pas les temps qui courent.

Le jeune magistrat en était parfaitement conscient, mais son univers sentimental était comme l’océan lors des grandes marées quand il disparaît à l’horizon ne révélant que des étendues vides et caillouteuses. Daphné n’était là que pour combler ce vide. De douces caresses, l’espace d’un instant, la chaleur d’une femme, une jouissance fugace et réconfortante.

Les deux enquêteurs du tribunal n’eurent guère le temps d’admirer les magnifiques bas-reliefs du portail d’entrée de l’église. Ils suivirent Jean-Baptiste Poussard, juge de paix dans la commune de Vouvant, qui traversa la nef à grandes enjambées et s’enfonça littéralement dans le mur. Un étroit passage, caché dans la pierre et quasiment invisible, conduisait à une crypte.

Voilà le corps de Barnabé, Monsieur Nourry. Nous l’avons gardé au frais, ici, juste pour que vous puissiez l’examiner, dit le juge de paix.

Le cadavre fut examiné.

 

De son côté, Héloïse, qui allait jouer un rôle déterminant dans l’affaire, essayait de faire oublier ses activités ambiguës à la cour de Napoléon.

Il y avait aussi l’intervention de ce maître d’armes… Fallait-il accorder du crédit à ceux qui dénonçaient un sous-lieutenant dans la cavalerie ? Écarter le notaire de Parthenay ?

Et le juge Nourry et son caporal-chef repartirent. Le crépuscule commençait à envelopper de ses ombres inquiétantes les grands arbres de la forêt, quand Simon Nourry aperçut un gros caillou reposant sur des feuillages à proximité de l’endroit où Barnabé avait été poignardé. Un caillou étrange. Le juge s’en empara et l’observa attentivement. Il cassa la coque en deux et en sortit l’ammonite, comme on extrait une châtaigne de sa bogue.

La pierre avait été sculptée et formait des volutes en spirales, un peu comme une corne qui s’enroulerait sur elle-même.

Une corne de pierre… Une corne d’Ammon.

 

Puis les crimes vont se multiplier.

Qui tuait ? Caïn et Abel vivent-ils en Vendée ?…

À la fin, le juge Nourry trouvera des coupables qu’il n’attendait pas.

Une intrigue palpitante sur fond de guerres de Vendée.

 

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