Roman de l’électrification rurale dans les Deux-Sèvres
de Serge Janouin-Benanti

ISBN : 978-2-37885-152-1
Livre broché à 11 € disponible chez Amazon, ebook à 3,99 disponible chez 3E éditions
L’enfant qui s’était juré de ne jamais travailler dans l’électricité
Raymond Janouin a sept ans lorsque les premiers monteurs arrivent près de son village des Deux-Sèvres. Ils transportent d’immenses poteaux, creusent la terre et tendent des fils au-dessus des chemins.
Pour les adultes, ce chantier annonce l’arrivée du progrès. Pour Raymond, c’est surtout un spectacle extraordinaire. Quelques années plus tard, il consacrera toute sa vie professionnelle à l’électricité. Pourtant, ce jour-là, après une expérience douloureuse, il s’était juré de ne jamais exercer un métier aussi dangereux.
Le spectacle des premiers poteaux
Au début des années 1930, l’électricité n’a pas encore atteint tous les hameaux. À Saint-Martin, où vit la famille Janouin, les habitants attendent avec impatience le prolongement de la ligne.
Le grand-père de Raymond participe au chantier avec sa charrette et ses deux chevaux. Il transporte les poteaux depuis la gare jusqu’au lieu où travaillent les monteurs.
Ces hommes impressionnent l’enfant. Ils dressent les poteaux à la force des bras, puis les escaladent à l’aide de crampons appelés « grimpettes ». Pour Raymond et ses camarades, ils semblent accomplir des exploits. La tentation de les imiter devient irrésistible.
Un premier réseau dans le verger
Raymond dérobe une bobine de fil de fer dans la grange. Avec son ami Rémy, il décide de construire une ligne électrique miniature entre les arbres du verger.
Il grimpe dans un cerisier pendant que Rémy déroule le fil. Son petit frère Pierre l’observe depuis le sol. Porté par l’admiration de ses compagnons, Raymond monte toujours plus haut.
Une branche cède.
L’enfant tombe et se casse le poignet. En pleurs, il est sévèrement réprimandé pour avoir abîmé le cerisier. Il en tire une conclusion définitive : lorsqu’il sera grand, il ne travaillera jamais dans l’électricité.
Cette scène, à la fois drôle et douloureuse, donne au récit toute sa dimension romanesque. Le lecteur connaît déjà la suite : Raymond se trompe complètement sur son avenir.
Une vocation née presque par hasard
La vie familiale éloigne d’abord Raymond de son village. Après la mort du grand-père Julien, les terres héritées ne suffisent plus à nourrir toute la famille. Son père part chercher du travail à Niort.
Raymond découvre alors la ville, ses magasins et ses rues éclairées. Il poursuit ses études, puis entre en 1943 à la Régie du SIEDS.
Son premier poste n’a rien d’héroïque. Il classe des documents, vérifie des bons de commande et réalise les tâches administratives que ses collègues lui confient.
Mais Raymond est curieux. Il veut comprendre ce qui se passe derrière les dossiers, les tableaux et les chiffres. Il apprend à connaître les transformateurs, les lignes, les abonnements et les besoins des usagers.
Peu à peu, il quitte le bureau pour le terrain.
Apprendre auprès des anciens
Son parcours est marqué par plusieurs mentors. Des ingénieurs et des chefs de service lui transmettent l’histoire de la Régie, les principes de l’exploitation et la connaissance du réseau.
À Parthenay, Édouard Jolliet joue un rôle déterminant. Ancien monteur devenu responsable, il aide Raymond à se faire accepter par les équipes de terrain. Car le jeune administratif n’est pas immédiatement considéré comme légitime par ceux qui savent grimper aux poteaux et réparer les lignes.
Raymond observe, écoute et expérimente. Il découvre qu’un réseau ne s’apprend pas seulement dans les livres. Il faut connaître les routes, les postes, les interrupteurs, les habitudes des usagers et les réactions des équipes.
L’enfant qui regardait les monteurs devient progressivement l’un des leurs, puis leur responsable.
Une vie au service du réseau
Raymond participe à la modernisation complète de l’électricité rurale : remplacement des anciennes tensions, développement des agences, reprise des agents de secteur, sécurisation des installations et essor de la consommation.
Il dirige successivement des équipes à Parthenay, Thouars et Bressuire. Il connaît les pannes nocturnes, les tempêtes, les accidents, les conflits administratifs et les progrès techniques.
Son parcours suit celui du réseau. Lorsqu’il était enfant, quelques ampoules suffisaient à transformer une maison. À la fin de sa carrière, il supervise un poste alimenté en 90 000 volts et un territoire où l’électricité fait fonctionner des centaines d’entreprises et des milliers de foyers.
Le destin derrière l’anecdote
La promesse du jeune Raymond donne au livre une boucle narrative particulièrement forte.
L’électricité qu’il croyait dangereuse devient son métier. Le chantier qui l’émerveillait devient son univers quotidien. Et les hommes qu’il imitait maladroitement dans le verger deviennent ses collègues, ses formateurs et parfois ses amis.La fée électricité marche dans la boue raconte ainsi bien plus qu’une carrière professionnelle. C’est l’histoire d’un enfant qui trouve sa place dans la révolution même qu’il a vue commencer.
La fée électricité marche dans la boue – Roman de l’électrification rurale dans les Deux-Sèvres
Serge Janouin-Benanti – 3E Éditions – 250 pages
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