Fernand s’en va en guerre – 1914-1919

Un roman biographique saisissant sur la Grande Guerre.

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1914

L’année 1914 se doit d’être festive dans la petite ville de Breloux-La-Crèche. Les habitants s’activent pour que la cavalcade de Pâques, la première dans le bourg, soit une réussite. Le défilé des chars est splendide, il attire la foule à des dizaines de kilomètres à la ronde. On respire la joie de vivre en avril 1914.
Tout se ternit fin juin avec l’assassinat de Sarajevo, le conflit mondial se précise. Le premier août, le tambour de la ville annonce, sans grande surprise, la mobilisation générale.
Fernand, jeune paysan, est de la classe 1915, la guerre ne sera pas pour lui, croit-il. Fernand, le pacifiste, regarde partir les premiers mobilisés avec des sentiments partagés entre le rejet de la guerre et le désir que tout se termine vite pour instaurer une paix de 100 ans.
À l’arrière, ce sont les premières restrictions, l’augmentation du prix des produits, les réquisitions de chevaux et de foin, l’arrivée de réfugiés belges. Fernand suit la guerre dans les journaux, où après les cris de victoire en Alsace, succède la peur de la défaite avec l’approche des Allemands de Paris et la fuite du gouvernement à Bordeaux. La bataille de la Marne redonne espoir, mais le conflit s’enlise. L’information fiable devient rare, de grands blancs apparaissent dans les journaux, la censure sévit. Fernand se prépare à la guerre, la classe 1915 est mobilisée et rejoint les casernes en décembre 1914.

1915

Commence la période d’instruction, au 135e Régiment d’Infanterie d’Angers. La formation militaire apprend à tuer : « Vaincre, c’est planter sa baïonnette dans le ventre de l’ennemi » et à se faire tuer : « Faites confiance à vos officiers, avec eux vous serez sûr de mourir utilement ». Dans les périodes de repos, ce sont des moments d’échanges et de confidences entre jeunes de régions et métiers différents. C’est aussi la découverte de la ville, des filles « soumises » des maisons closes, et des « insoumises », prostituées clandestines souvent mineures, très jeunes, trop jeunes…
Vient le départ pour le front, l’Artois. Les anciens racontent l’histoire des combats du 135e RI. Fernand retient qu’après chaque grande bataille 1 000 à 1 500 hommes restent sur le tapis, la moitié du régiment ! Fernand comprend qu’il n’a que peu de chances de revenir vivant. D’autant que son secteur, Loos-en-Gohelle, est soumis à des bombardements particulièrement violents. Dans les tranchées gorgées d’eau, il connaît les premiers obus au gaz.

1916

Le régiment se transporte dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette, encore une terre particulièrement labourée par les obus. Le froid et la neige ajoutent à l’inconfort des positions. Vient le temps d’un repos à Berck, où Fernand découvre la mer. Le repos est court, Verdun réclame des troupes fraîches.
Sur la rive gauche de la Meuse, deux collines, le Mort-Homme et la cote 304 protègent Verdun. Il faut les tenir coûte que coûte. Pour Fernand, ce sera la cote 304 où il subit un des pires bombardements qu’on peut imaginer. Le paysage est modifié, la colline est arasée, les tranchées ont disparu, il ne reste que les trous d’obus pour se mettre à l’abri. Les hommes tombent les uns après les autres. L’offensive allemande prend les survivants à revers. Fernand est fait prisonnier.

1917

Les camps de Romagne, Darmstadt, Mannheim, Heuberg. Le temps des humiliations et des souffrances morales et physiques. Le temps aussi des échanges avec des soldats d’autres régiments qui racontent leur guerre. Fernand acquiert, au travers de leurs récits, une vision globale de la Grande Guerre et de ses principales batailles.

1918

Versé dans le Kommando de Melchingen, Fernand est affecté dans une ferme où il noue des relations avec une famille allemande d’agriculteurs. Le dur travail de la terre rapproche et gomme les idées reçues sur l’ennemi.
L’armistice ne signe pas la fin de l’engagement de Fernand.

1919

Retourné un temps dans ses foyers, Fernand est renvoyé en Allemagne occupée dans l’attente de la signature du traité de paix. Il fait office de traducteur. Le 13 septembre 1919, Fernand est enfin démobilisé. De retour chez lui, il fait le triste décompte des morts dans sa petite ville. Fernand en connaissait beaucoup et reconstitue leur parcours dans la Grande Guerre. Il y a aussi les disparus que leur famille attend toujours. Et les blessés qui affichent des membres manquants ou paralysés, des blessures plus légères qui se dissimulent sous les vêtements, des maladies pulmonaires dues aux gaz, et des traumatismes psychologiques irréparables…

Un livre fort, sans tabou, inoubliable. Passionnant et instructif.

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L’ogre de la gare d’Hanovre : L’affaire Haarmann

L’ogre de la gare d’Hanovre – 3E éditions

L’ogre de la gare d’Hanovre, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 11 euros en livre broché.

Un tueur exceptionnel

La barbarie existe. Elle nous laisse d’autant plus sans voix quand il s’agit du comportement d’un être humain d’apparence très ordinaire. Fritz Haarmann, qui se confondait avec les habitants d’Hanovre est pourtant un grand psychopathe.

Il s’est rendu coupable des pires atrocités, sans que cela alerte vraiment ses concitoyens autour de lui. Et on peut dire qu’il viola et tua des enfants en toute impunité, sauf à la fin où il fut finalement exécuté.

Mais quand il fut arrêté, il avait déjà fait des dizaines de victimes, assassiné tant d’enfants disparus que le cœur se soulève en lisant son parcours de vie… Le nombre exact de ses victimes n’est pas connu avec certitude, lui-même n’hésitait pas à se vanter qu’il en avait tué une cinquantaine. En fin de compte, il fut condamné pour 24 enfants tués.

Le comble de l’horreur

Il les tuait et ensuite les découpait, puis il enlevait méthodiquement toute la chair qui recouvrait les os. Était-il fou pour autant ? C’est la question qui revient de manière lancinante tout au long de cette affaire criminelle. Pourtant, après avoir roulé tout un quartier, berné les forces de police tant d’années, avoir agi avec tant de ruse, on en doute.

Ce qui est sûr, c’est qu’il avait fait des séjours en hôpital psychiatrique, et cela depuis l’âge de 16 ans. Et même plusieurs hôpitaux psychiatriques.

Est-ce que le contexte historique a joué un rôle dans cette terrible affaire ? Oui, sans aucun doute, l’Allemagne sortait de la guerre et était en grande souffrance, quant au pouvoir, il avait bien des difficultés à s’imposer.

Fritz Haarmann était sanguinaire, et pourtant il connaissait la Bible par cœur. Dans son enfance, sa mère la lui avait apprise, sa mère qu’il adorait et avec qui il avait des rapports fusionnels. Elle lui passait tout et ne s’inquiétait nullement quand, adolescent, il entraînait les petits garçons à la cave pour les déculotter et caresser leur zigounette.

Une enfance toxique

Quel genre de parents a eu ce monstre ? Eh bien, ses parents se détestaient. Ils auraient dû pourtant être heureux. Le père de Fritz Haarmann avait une bonne place, contrairement à beaucoup qui pointaient au chômage. Il était conducteur de locomotive. Très tôt, il décela chez son fils un comportement déviant. Il disait « mon fils est fou » à qui voulait l’entendre. Quand un de ses collègues mourut, sachant que son fils le détestait, il le soupçonna de l’avoir assassiné. Il se rendit même au poste de police pour le dénoncer et demander qu’on interne son fils. Les policiers n’en crurent rien et mirent cela sur le compte de la douleur d’avoir perdu un camarade. L’affaire fut classée sans suite.

Pour ce premier crime, Fritz Haarmann s’en tira… Si on avait tenu compte de ce qu’affirmait son père, combien de victimes innocentes auraient été sauvées ? Car quand il se mit à devenir un tueur en série, un serial killer, il assassina au moins une fois par semaine…

C’est d’autant plus étonnant qu’il ne se soit pas fait prendre plus tôt, quand on constate qu’il n’y avait guère de changement dans son choix des victimes ni dans son mode opératoire. Puisqu’il avait réussi à tuer d’une certaine façon, sans être pris, il suffisait de continuer de la même façon.

Était-il fou ?

Fritz Haarmann va faire plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, ensuite, il va connaître une période d’errance où il parcourra l’Allemagne en vivant d’expédients, de rapines et de malversations de toutes sortes, qui le feront passer de tribunal en tribunal, de prison en prison pour de courts séjours.

Un jour, il croisa son âme damnée, Hans Grans, un prostitué sans scrupule, ils ne se quitteront plus, jusqu’au procès qui les condamna.

Qu’avaient pensé les psychiatres qui ont examiné Fritz Haarmann ? Certes ils l’ont trouvé spécial, mais pas franchement fou. Et pourtant, il tua de jeunes enfants, il mutila leur cadavre, il vendit et mangea de la chair humaine, est-ce le comportement de quelqu’un de normal ?

Si les psychiatres avaient été plus perspicaces, combien de morts auraient été sauvés ?

Un culot incroyable

Évidemment, jusqu’à son procès proprement dit, Fritz Haarmann laisse perplexe. Là, il voulut se défendre lui-même et intervint avec un culot et une sûreté incroyable. Il déstabilisait les témoins, à commencer par le commissaire d’Hanovre, qui courbait l’échine en l’entendant l’apostropher et le tourner en dérision, car des années durant il l’avait trompé sans vergogne.

Et pourtant Fritz Haarmann ne fit pas la guerre. Les autorités militaires semblent avoir été plus réalistes que les médecins civils. Il fit bien son service militaire, mais devant son comportement et ses incohérences réelles ou simulées, l’Armée le renvoya dans ses foyers. Non d’ailleurs, un comble, sans lui accorder une pension, certes petite, mais qui l’aida ensuite tout de même à vivre et même pourrait-on dire à tuer sans trop travailler, et donc lui laissa du temps de libre pour piéger ses petites victimes.

Et les enfants d’Hanovre disparaissaient les unes après les autres, et la police ne voyait rien. Pourtant, dans la population la rumeur enflait, les autorités aveuglent ne voulaient pas y croire. Les parents des disparus se succédaient au commissariat, mais l’enquête piétinait.

Un honnête citoyen

Fritz Haarmann, lui, tenait un commerce de vêtements. Il était du reste très apprécié de sa propriétaire, qui, elle, tenait un restaurant où Fritz Haarmannn préparait des petits pâtés si bons. On faisait des fêtes bien sympas dans ce restaurant bien en vue.

Fritz Haarmann avait commencé son commerce en volant le linge qui séchait sur les fils dehors, par la suite, il revendit les vêtements de ses victimes. Leur vélo, leur instrument de musique, tout ce qui leur appartenait.

Ce bon M. Haarmann qui présentait si bien. Il profitait de l’inflation galopante qui sévissait en Allemagne, alors les gens tiraient le diable par la queue et avaient autre chose à penser qu’à surveiller les allées et venues de leur voisin. Les grandes crises favorisent l’émergence des monstres dans nos sociétés.

Fritz Haarmann qui avait été le fils chéri de sa mère, alors qu’il jouait à la poupée, au détriment de ses petites sœurs, à qui il faisait mille farces et attrapes, sans que leur mère y trouvât à redire. Sa méchanceté infantile laissait-elle percevoir sa cruauté d’adulte ?

Des signaux d’alerte ignorés

Bien qu’il fût arrêté maintes fois pour des vols avant de passer pour un commerçant modèle, il se moquait des lois, comme son ami et amant, Hans Grans.

Il lui arriva tout de même de faire un long séjour en prison, il fit 9 mois à la suite. C’est la fois où il fut surpris en flagrant délit au lit avec un adolescent, suite à une visite de la police à son domicile, car un père, dont le fils avait disparu, l’accusait de lui avoir fait du mal, car dans son enquête il était remonté jusqu’à lui. En fait, c’était bien le cas, Fritz Haarmann l’avait tué, comme il le racontera en rigolant à son procès. Pour cet outrage aux bonnes mœurs, le commissaire avait mal fait son inspection des lieux, sinon il aurait découvert le crâne de celui qu’il venait d’assassiner enveloppé dans du papier journal, caché derrière son poêle.

La gare d’Hanovre, encore et toujours

Ce qui laisse perplexe c’est le comportement de Fritz Haarmann, toujours la même façon de procéder. Il n’en varia pas. Il fréquentait la gare d’Hanovre et, sous divers prétextes, il abordait les garçons et les entraînait dans son appartement de la Neuestrasse. Il s’y prenait si bien que les employés de la gare pensaient qu’il était policier.

Dans la salle d’attente de la gare d’Hanovre, il y avait beaucoup de sans-abri et, pour eux, personne ne portait plainte s’ils disparaissaient. Ces jeunes misérables, comme leur propre famille, plus personne ne s’en souciait. Alors, une fois rendus chez Fritz Haarmann celui-ci pouvait leur faire ce qu’il voulait.

Les victimes de Fritz Haarmann s’accumulaient, et il n’était pas inquiété. Il faisait ami-ami avec la police, quitte à lui indiquer quelqu’un qu’il n’aimait pas lui qui évoluait comme un poisson dans l’eau dans les bas-fonds de la ville… Le criminel se sentait tellement insoupçonnable que, la nuit, un sac à charbon sur le dos, il allait jeter les os de ses petites victimes dans la Leine, la rivière qui traverse Hanovre.

S’il avait un commerce de vêtements donnant sur rue, lui habitait au 4e étage. Et, la nuit, ses voisins entendaient des bruits de scie et de hachoir. Les braves gens pensaient qu’il faisait du marché noir de viande de cheval.

Plus tard, plusieurs instruments de boucher furent retrouvés dans son logement.

Une frénésie sexuelle meurtrière

Fritz Haarmann était pris de frénésie sexuelle. Il mordait ses victimes à la gorge, il sectionnait leur carotide avec les dents. Un vrai vampire. Ce terrible prédateur sexuel, psychopathe, se procurait du plaisir sexuel en tuant la nuit. Auparavant, à la nuit tombée, il traînait à la gare à la recherche d’une proie.

Le jour, il se promenait le cigare à la bouche, en costume cravate, avec une pochette à la boutonnière.

Un dangereux pédophile, hyperactif, manipulateur.

Chez Fritz Haarmann l’acte prévalait sur la pensée. Il vivait l’instant sans se méfier et de fait, ainsi il n’attirait pas l’attention. Le mal qu’il a commis durant des années n’a rien de banal. Sa seule motivation profonde était une frénésie sexuelle, il voulait son plaisir à tout prix. Et il aimait le sang.

À partir du jour où il a découvert un plaisir intense en tuant, il a voulu recommencer.

Oui, le mal existe.

Et on repêcha des crânes dans la rivière…

Les disparitions finirent par arriver aux oreilles des autorités berlinoises. On envoya des policiers de Berlin pour épauler leurs collègues d’Hanovre, jugés incompétents.

Les policiers berlinois tendirent un piège à Haarmann, une nuit dans la gare d’Hanovre en y mettant deux jeunes garçons. Mais, Fritz Haarmann sentit le piège, les jeunes étaient trop beaux, trop propres, trop bien habillés.

Finalement, il sera tout de même arrêté.

Aucun remords, aucune compassion

Le 8 décembre 1924, le procès de Fritz Haarmann et Hans Grans commença.

L’assassin voulut assurer seul sa défense.

Quand les parents des victimes vinrent témoigner, il se moqua d’eux. Il n’éprouvait aucun remords. Comme il n’avait éprouvé aucune peine en donnant la mort dans la souffrance.

Oui, lors de son procès, il se remarqua par ses réparties, il ne donna aucun signe de vraie folie, c’était juste un dangereux psychopathe.

Il fut reconnu coupable le 19 décembre 1924, coupable de 24 meurtres et condamné 24 fois à la peine de mort.

Le 15 avril 1925, la sentence fut exécutée à Hanovre.

L’ogre de la gare d’Hanovre, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 11 euros en livre broché.

Le Chéri magnifique – Henri Pranzini

Viviane Janouin-Benanti

Le Chéri magnifiqueHenri Pranzini, publié chez 3E éditions, au prix de 4,99 euros en e-book et 12 euros en livre broché (426 pages).

Le criminel né – L’école italienne de criminologie : Lombroso

Au XIXe siècle, à chaque fois qu’un meurtrier était exécuté, on disséquait son corps, on prenait les mesures de son cerveau, de son visage, de ses sourcils, etc. Quand on additionnait les résultats de plusieurs dissections, ceux-ci étaient souvent contradictoires, peu importe, on en déduisit des thèses sur le criminel-né, les fameuses thèses du Dr Lombroso. Celui-ci et ses partisans estimaient pouvoir reconnaître rien qu’au premier coup d’œil un futur assassin. De préférence un type d’abruti. Les femmes disaient-ils étaient en général brunes avec de longs cheveux (c’était normal, il était en Italie). Pour Lombroso, le criminel a une capacité crânienne plus petite que celle de l’honnête homme. Or le cerveau de Henri Pranzini, dont je raconte la vie dans Le Chéri magnifique, pesait plus que le cerveau du célèbre homme politique Gambetta qui était tout petit. Les dents, le nez, la forme des mains au premier coup d’œil on devait repérer le criminel en puissance… Pour Lombroso et les criminalistes qui lui emboîtaient le pas, les criminels étaient des bêtes fauves, des plantes vénéneuses, dont il fallait se débarrasser non pas en raison de leur responsabilité, mais en raison de leur nocivité. Ils étaient des nuisibles. Platon avant eux proposait déjà d’épurer la société de ces potentiels criminels qui risquaient de la mettre en péril.

L’école anglaise de criminologie

Le Don Juan Henri Pranzini, Landru et tant d’autres contredisent ces théories. S’ils ont pu agir en toute impunité, c’est précisément parce que les gens qui les croisaient ne se doutaient de rien. Marc Dutroux, Patrice Allègre ont des physiques agréables. Rien justement ne les distingue de l’honnête homme. C’est souvent le cas pour les tueurs en série en particulier, mais aussi pour beaucoup de criminels de sang.

En réaction aux thèses italiennes, l’école anglaise s’est mise à dire que c’était la société et elle seule qui formait les criminels. L’histoire du tueur en série niortais Marseil Sabourin, dont je parle dans Le Meurtrier du mois d’août, le montre d’une certaine façon, il en va de même pour Pierre Rivière dans La Serpe du Maudit. Il est clair que pour ces deux assassins si la vie avait été différente, ils n’auraient pas tué.

L’école française de criminologie

Entre l’école italienne et l’école anglaise, une autre voie avec Ferry s’est mise à parler de populations dangereuses : les prostituées, les proxénètes, les marginaux de toutes sortes, les joueurs. Or rien que pour cette population en ce qui concerne les crimes de sang avec préméditation, on les retrouve rarement. D’autres étaient considérés sur le plan criminel comme dangereux : les oisifs, les célibataires, les mendiants, les vagabonds, les ivrognes, les saltimbanques, les chanteurs ambulants, les ignorants, les fumeurs, les femmes qui décident d’aller travailler hors de leur foyer et même les nourrices… La société devait les contrôler, sinon la délinquance ne ferait qu’augmenter.

Existe-t-il un profil psychologique du criminel ?

Au-delà de toutes ces fameuses théories qui ont fait couler beaucoup d’encre, existe-t-il un profil psychologique du criminel (j’entends par criminel, le tueur) ? Pour pouvoir donner une réponse à cette question, j’ai analysé des crimes de sang tous avec préméditation, à partir d’études que j’ai menées pour lesquelles j’ai écrit : Le Chéri magnifique, La Serpe du Maudit, Le meurtrier du mois d’août, La Séquestrée de Poitiers et j’ai étudié aussi les crimes du livre de mon mari Jeanne l’empoisonneuse, 13 crimes en Deux-Sèvres qui est inspiré par des histoires vraies, au total 17 cas.

Madeleine Miot. C’est une femme simple, modeste qui ne demande rien d’autre que de ne pas être battue. Constamment brutalisée par son mari, elle le hait. Elle va l’ébouillanter uniquement pour que les coups cessent. Elle le dira : les coups et les injures de son mari l’avaient rendue idiote. Fragile psychologiquement, elle supporte des années les maltraitances de son mari, sans oser se rebeller, sans oser s’en aller de peur de le mettre en colère. Effacée, soumise, petite personnalité, son ultime révolte sera son crime, que d’ailleurs elle n’assumera pas.

L’autre Madeleine Miot de Jeanne l’empoisonneuse, est issue d’une famille de paysans pauvres. Elle travaillera très tôt. Elle sera violée par un de ses patrons et deviendra fille-mère. Elle régularise avec un homme de 30 plus âgé qu’elle. Mais elle restera attirée par les jeunes gens de son âge et aura des amants. Finalement elle va en prendre un de 16 ans plus jeune qu’elle, elle va lui donner les économies de son mari. Il s’en aperçoit, il veut que ça s’arrête, aux yeux de Madeleine Miot, il n’y a qu’une issue : il faut tuer le mari. Mais, comme beaucoup de meurtriers, elle n’est pas très futée, elle aura des propos après la mort de son mari, qui mettra la gendarmerie sur la voie. À l’audience, elle insultera les témoins. Ce n’était pas une femme très intelligente, en revanche elle savait être persuasive pour pousser son amant à tuer son mari. Mais, une fois le crime accompli, elle perd les pédales et parle à tort et à travers. C’est une femme qui a un bel appétit sexuel et qui ne recule devant rien pour satisfaire ses désirs. Elle veut vivre avec son amant, donc le mari doit disparaître. Elle veut aussi hériter de ses biens. Elle ne sait pas se priver, elle veut tout, tout de suite. Son mari est âgé, elle pourrait attendre qu’il décède, d’autant qu’il n’est pas très regardant sur ses amants, non elle est incapable de patienter.

Pierre Rivière, toujours dans Jeanne L’empoisonneuse, lui aussi est un impulsif, violent, calculateur, manipulateur, trop du reste, c’est pourquoi il se fera prendre. Il prépare soigneusement son crime, ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que la victime s’attendait à un mauvais coup de sa part et l’avait dit. Pierre Rivière depuis son enfance, aime tuer les animaux, les regarder mourir lentement, les voir souffrir. Il aimera regarder sa victime agonir. Il a un sang-froid impressionnant, le lendemain de son crime, il fera un coup pendable, mais il n’avouera jamais.

Jeanne Beloin, c’est une madame Bovary, elle rêve tout le temps. Elle est complètement coupée de la réalité, qui lui paraît sans intérêt. Ce manque d’accroche au réel, cette déconnexion de la réalité, sa propension à rêver en permanence, elle attend le prince charmant, font que son mari bien réel lui, ne correspond pas à ses rêves. Le luxe l’attire, l’argent. Un amant riche va arriver au bon moment pour exciter son imagination. Elle aussi se débarrassera de son encombrant mari. Elle l’empoisonnera sans le moindre scrupule.

Les femmes criminelles

Les femmes sont souvent plus courageuses que les hommes, elles savent avouer leur crime. Beaucoup de criminels, hommes, n’assument pas leurs responsabilités, même quand ils sont de toute évidence instigateurs du crime ou même directement auteurs.

Marie Bonnin dans Jeanne L’Empoisonneuse, montrera une patience, une méthode pour tuer son mari, extraordinaire. Sans montrer la moindre pitié. Une insensibilité qui laisse sans voix. Elle regardera son mari mourir dans des souffrances épouvantables, sans rien faire pour lui venir en aide. On voit que quand ces criminels ont pris la décision de tuer, rien ne les fait revenir en arrière. Rien ne les fait changer d’avis. On se dit que le divorce est un progrès, les femmes qui tuent leur mari, c’est toujours parce qu’elles n’ont pas le courage de divorcer. Elles sont souvent lâches envers autrui et en même temps complètement blindées à la souffrance des autres. Les criminels de sang sont souvent des égoïstes incroyablement égocentriques.

Les couples criminels

Les couples criminels comme Marie Bonnin et Joseph Courtin, deux amants maudits de Jeanne L’empoisonneuse, passionnés, s’aiment d’un amour destructeur. Ils tuent plutôt que d’être séparés. Ils ont trouvé dans l’amour-passion la compensation à tous les échecs de leur vie, c’est la double ambivalence : leur amour est salvateur et aussi destructeur. Marie Bonnin méprise son mari, il lui est totalement étranger. C’est pourtant un homme bien, il est bon envers elle, il éduque l’enfant de son amant, comme si c’était le sien. Certes son amant la harcèle pour qu’elle se débarrasse de son mari, c’est lui qui lui procurera l’arsenic, mais elle le tuera sans regret, sans compassion. Comme beaucoup d’empoisonneurs, ils tuent lentement, sans aucune pitié. Marie Bonnin va empoisonner avec obstination, sans jamais fléchir durant les 11 jours où elle va administrer le poison. Elle n’est pas seulement sous la coupe de son amant. Elle tue par plaisir. Et à ce moment-là, elle est seule. Et c’est une caractéristique de l’assassin, c’est un solitaire, même quand il a un complice, il est responsable de ses actes.

Le couple Lamy et Drouet, c’est pareil, ils s’aiment passionnément. L’obstacle à leur amour, c’est encore et toujours l’affreux mari. Eh bien, on va le tuer. Ils sont à la fois, impulsifs et patients. Impulsifs, ils n’ont qu’une idée : être ensemble. Ils ne pensent qu’à ça. Eux aussi pourraient divorcer. Ce serait plus simple, plus logique. Mais le criminel a sa logique propre, qui n’est pas celle de l’honnête homme. Les amants maudits vivent un amour ravageur. Dans Jeanne L’empoisonneuse, 13 crimes en Deux-Sèvres, on voit comment Ernestine Drouet essaie mille et une façons d’empoisonner son mari.

Les mobiles du crime

On tue pour tous les motifs, et la cupidité en est un. Pour ne pas perdre de l’argent, un homme ou une femme dont la cupidité domine sera capable du pire, même de tuer un enfant. C’est le cas de René Charon. Il tuera son beau-fils pour une poignée de francs. Lui aussi n’avouera jamais, la franchise n’est pas son fort. Il n’assumera pas son acte. Il en va de même pour Coelorum, qui aurait pu ne pas tuer, il envie la clientèle de son cousin, mais est-ce suffisant pour tuer ? Non, quand on étudie le comportement des criminels de sang, on s’aperçoit que derrière l’appât du gain, il y a d’autres motifs et la haine est le plus souvent en filigrane : haine de la société dans laquelle ils vivent, haine de leur milieu social dans lequel ils estiment qu’ils ne sont pas à leur juste place. Les cupides agacent les jurés et on leur accorde rarement des circonstances atténuantes. Dans l’affaire du crime de Breloux, les jurés ont délibéré 40 minutes avant de lui donner la peine maximale.

Eh puis, il y a ceux qui commencent dès leur plus jeune âge. Giraudeau est de ceux-là. Il martyrise les petits animaux, commet des vols. Il fait peur à tous les autres enfants, tant sa cruauté est grande. Adulte, il tuera lui aussi sans pitié un vieillard pour des raisons incroyables. Et ses parents, qui sont de bons parents, n’y peuvent rien. Ils font tout pour l’éduquer, lui apprendre le bien et le mal, rien n’y fait. Leur fils deviendra un fainéant qui ne recherchera que l’argent facile, ne supportant pas les contraintes. : lui aussi veut tout et tout de suite. Il ne supporte pas les privations. Il aime les plaisirs et il lui faut de l’argent pour en avoir. Il l’obtiendra au prix du sang. Il ne connaîtra pas le remords. On peut dire qu’il devait tourner mal, on n’est pas surpris qu’il devienne un criminel.

Clément Boudié a des points communs avec lui : dès son enfance, il donne des signes de délinquance. Il est cruel, bagarreur. Curieusement durant son temps à l’armée, il ne fera pas de bêtises. Avec le retour à la vie civile, il recommencera. Il sera violent avec sa femme. Il tuera d’une manière terrible. Henri Pranzini lui aussi se tiendra tranquille à l’Armée, comme si la discipline, l’encadrement, le préservaient de la criminalité.

Le tueur avec préméditation

Pour résumer, il y a bien un profil psychologique du criminel qui tue avec préméditation :

C’est d’abord, un calculateur et souvent un manipulateur. Très égoïste, il est seul au monde et méconnaît ou oublie la pensée d’autrui. Il ignore la pitié, il peut même prendre un plaisir sadique à voir sa victime souffrir, auquel cas du reste, il récidive. Dans son enfance, il prend plaisir à faire souffrir les animaux ou ses petits camarades. Il est souvent violent, batailleur, adulte encore. Ou il réprime une grande violence en lui, c’est le cas des empoisonneurs.

Il a un grand mépris non seulement pour sa victime, mais du genre humain, dans lequel il ne se reconnaît pas ou dont il sent supérieur. Il est fréquemment insensible à sa propre souffrance. En apparence d’un grand sang-froid… Plusieurs criminels jeunes sont montés à l’échafaud en crânant. Marseil Sabourin dans Le Meurtrier du Mois d’août, après avoir entendu l’énoncé du verdict a félicité son avocat de l’avoir défendu, Landru en a fait autant. On dirait que ce n’est pas leur sort qui vient de se jouer. Durant leur procès, beaucoup d’assassins sont très calmes, ne trahissant aucune émotion. Dutroux en arrive même à dormir…

Dans 80 % des cas, le tueur a un amour effréné des plaisirs, il ne sait pas résister à ses pulsions. Il convoite le luxe et le bien d’autrui et se montre dès qu’il a de l’argent dépensier. L’envie est un de ses caractères dominants.

Pour l’assassin, tuer lui donne un soulagement, souvent de courte durée, c’est l’éclatement d’une pulsion en particulier pour les sadiques.

Parfois intelligent, mais plus souvent rusé, il est d’une insensibilité morale complète, c’est un signe du reste de dangerosité pour une société.

Le futur assassin ne peut s’adapter à la société ou au moins à son milieu, et il se met à le haïr. Il a une détermination farouche, impitoyable… Il ressent une humiliation, ne s’estimant pas à sa juste place, il a accumulé les rancœurs qui éclatent au moment du meurtre. Parfois il donne l’apparence d’être adapté à son milieu, mais après le crime, quand on gratte un peu dans son histoire, on s’aperçoit qu’il n’en est rien… Il éprouve souvent un complexe d’infériorité, il va décider en tuant de désormais tenir le rôle vedette dans sa propre vie. En tuant, il prend une revanche.

Le criminel reste souvent un adolescent attardé, il arrive à se faire prendre pour des stupidités, alors que par ailleurs il s’était montré brillant. Qu’on pense à Landru qui prenait toujours deux billets aller, et un seul billet de retour. Fatalement, il devait finir par se faire prendre. Comme un enfant, il ne sait rien se refuser.

Le sentiment de toute-puissance

Il est dénué de scrupules et souvent vaniteux, beaucoup se font prendre pour cette raison. Le tueur veut exercer son pouvoir sur la vie de ses semblables et il ne voit qu’un moyen le crime. Carlos n’a aucun remords. Il considère lui-même qu’il a tué près de 1 500 personnes avec ses attentats, dont 10° selon lui étaient des innocents, mais il ne condamne pas ces attentats, il s’étonnera même et dira : Pourquoi condamner ? Il y a une absence de regret pour l’acte, une absence de compassion pour les victimes et leurs familles. Sauf pour le crime passionnel sous forme de pulsion. Marcel Sabourin dans Le Meurtrier du mois d’août montrera du repentir et pleurera en avouant son dernier crime.

Il a un sentiment de toute-puissance, une exaltation avant le meurtre qui ne peut qu’aboutir au crime. S’ils sont, pour certains aventuriers, c’est le cas notamment de Henri Pranzini, qui n’aura pas peur de prendre des risques, les tueurs d’enfants en revanche se caractérisent par leur lâcheté.

Les tueurs en série

Toutes ces caractéristiques font que, dans le cas des tueurs en série, il y a toujours un proche qui sait. Mais qui se tait et c’est cela qui est terrible pour les familles des victimes, qui se disent que si ce proche était intervenu, des crimes auraient pu être évités.

La religion et les criminels

Sainte Thérèse de Lisieux engagea sa vocation sur Henri Pranzini, elle pria qu’elle entrerait dans les ordres si le grand criminel se convertissait. Au dernier moment, il embrassa le crucifix.

Le Chéri magnifiqueHenri Pranzini, de Viviane Janouin-Benanti, publié chez 3E éditions, au prix de 4,99 euros en e-book et 12 euros en livre broché (426 pages).

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Haine maternelle – 13 crimes en Loire-Atlantique

Haine maternelle

13 crimes en Loire-Atlantique

Haine maternelle, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 10 euros en livre broché.

Un livre où on s’immerge dans le crime, l’exceptionnel et le quotidien.

Tout commence au bord de la mer, dans une région réputée paisible, qu’un homme va réveiller. Homme oui, criminel absolument.

Le pas vif, Jules Grand longe la grande côte qui s’étend à l’ouest du Pouliguen. La température est encore douce pour cette semaine de Noël. Un fort coup de vent de sud-ouest pousse rapidement les nuages qui ne donnent pas encore de pluie. Grand éprouve le besoin de se frotter de plus près à la colère des éléments, il se rapproche de la grève. Le bruit lourd des vagues se fracassant contre les rochers de la baie de la Bonne Vierge devient assourdissant, les embruns atteignent maintenant son visage. Loin de refuser la confrontation, il fait face au vent, se rapproche encore de l’océan. Pour éviter de se faire asperger, il est maintenant obligé de se déplacer au gré de l’arrivée des trains d’eau. Aux aguets de chaque mouvement de l’océan, il anticipe la vague et évite à chaque fois la langue liquide qui cherche à l’atteindre. Il est fier de son pied sûr qui lui permet de sauter rapidement de rocher en rocher sans jamais glisser. Il est plus fort que le vent et les flots, il est Jules Grand.

Pour prouver sa puissance, il se plante face à l’océan sans bouger, bombant la poitrine comme s’il s’offrait à un peloton d’exécution. Les vagues s’écrasent sur sa droite et sur sa gauche sans le toucher. Seuls les embruns humidifient son visage. Il ne craint rien, il est invincible ;

En remontant le chemin côtier, la peau de Grand se tire et des picotements lui parcourent le visage. Sous l’effet du vent et des embruns, ses lèvres et sa moustache se sont chargées de sel. S’il est un peu dégrisé, son sentiment de puissance n’a pas disparu. Rien en peut s’opposer à lui, il n’a peur de personne. Quand il voit le curé Pierre Ripoche qui part à la chasse le fusil sur l’épaule, il ne cherche pas à l’éviter. Crânement, il passe près de lui, lui adresse un vague salut, et continue son chemin vers le Grand-Fol où il réside, sans dévier, sans chercher à cacher la route qui mène à son repaire.

S’il a été condamné à mort, Grand sait que personne ici ne connaît son visage. Son crime, il l’a commis à Grasse, durant son incorporation à l’armée. Déjà, à dix-sept ans, il avait échappé à la prison en prenant 8 mois avec sursis au tribunal d’Aix-en-Provence, pour avoir tiré plusieurs coups de revolver sur un camarade qu’il avait légèrement blessé. Cet épisode lui avait valu d’être incorporé en 1906 dans le 23e bataillon des chasseurs alpins, un corps semi-disciplinaire. Dès le premier jour, son capitaine entendit parler de lui. Une Italienne lui avait demandé d’ordonner au soldat Grand d’épouser sa fille qu’il avait séduite, puis déshonorée en la mettant enceinte. L’insistance du capitaine fut faible. Grand ne répara pas. À part une bagarre avec un autre soldat, le capitaine n’entendit plus parler de lui. Tant bien que mal, le soldat Grand s’était adapté à la vie militaire, bien que son caractère solitaire souffrît de l’autorité et d’un cadre de vie trop réglementé.

S’il fréquentait peu ses camarades, Grand aimait sortir en ville. Pour satisfaire une maîtresse dépensière, il avait toujours un pressant besoin d’argent. Il s’en procurait par des petits trafics et des vols. En juin 1908, il pénétra dans le bureau de la cantinière et y vola de l’argent et du vin. Pour éviter qu’une fouille le dénonce, il avait caché son butin dans une grange. C’est en allant le reprendre, quelques jours après, qu’il avait été surpris par le caporal Ferminier qui le surveillait ; le doute pesait déjà sur lui. Pour s’enfuir, Grand avait tué le caporal. Les gendarmes, alertés, s’étaient immédiatement lancés à sa poursuite. Ils l’avaient rattrapé et capturé. Grand fut traduit en Conseil de guerre. Sachant ce qui l’attendait, il accusa des camarades, puis joua la folie. Si personne ne fut dupe, même à l’armée il était nécessaire d’instruire sans rien négliger, on l’emmena à l’hôpital militaire où le médecin aliéniste le déclara « ni aliéné, ni déséquilibré, ni alcoolique, ni épileptique, ni hystérique… » Bien sûr qu’il n’était pas fou, il était même plus intelligent que les gradés, puisqu’il savait que dans l’hôpital ses possibilités d’évasion étaient plus grandes ! La nuit, entre deux rondes, il utilisa un des barreaux de fer de son lit pour creuser un trou dans le mur extérieur. Il masqua l’ouverture par une table de nuit et descendit du deuxième étage au premier en utilisant une corde de draps. Il atterrit dans la chambre d’un officier d’où il sortit le plus tranquillement du monde. Content de son coup il s’en vanta dans une lettre à sa maîtresse, dans laquelle il se moquait de l’imbécillité des militaires qui l’avaient cru fou !

Sa fuite le dirigea, le 4 octobre, vers le café de Peymeinade où, à court d’argent, il poignarda Valentine Giraud, une jeune cabaretière, pour puiser dans la caisse. Le patron étant arrivé à temps, on sauva la jeune employée. Grand échappa aux gendarmes à sa poursuite, en tirant sur eux ; il en blessa un à l’épaule. Déclaré déserteur, c’est par contumace que le Conseil de Guerre de Marseille condamna Jules Grand à mort le 24 mai 1909 pour assassinat, tentative d’assassinat et vol. Depuis, on le recherchait activement dans le sud de la France.

Lui, après un court détour par Marseille et Martigues, avait fui vers la côte atlantique, Bordeaux d’abord, puis Nantes et Le Pouliguen maintenant. C’est dans le train qui le menait de Nantes à Saint-Nazaire qu’il avait décidé de prolonger son trajet jusqu’à la gare de La Baule. Il avait été convaincu de la justesse de son choix par l’affiche des chemins de fer d’Orléans qui montrait les luxueuses villas de Pornichet, La Baule et le Pouliguen, et surtout par la conversation qu’il avait eue avec un voyageur qui lui parlait de l’insécurité grandissante : « Vous les citadins, vous savez qu’en vous mettant à la fenêtre et en appelant à l’aide, vous aurez vite fait de créer un attroupement et que la force publique elle-même viendra à votre secours. Mais à la campagne, c’est bien différent, les voisins sont souvent loin et même s’ils sont proches, après neuf heures, on s’enferme, on ne sort plus, surtout en hiver. Vous pouvez crier, vous ne serez pas entendu. »

Arrivé au Grand-Fol, Grand oblique vers Ker-Elvé, la belle villa au bord de la mer qu’il a réquisitionnée. Pour entrer, il passe par-derrière, enlève le madrier qui maintient fermé le volet de la fenêtre qui sert d’entrée, et pénètre chez lui. Cette maison, il l’a fait sienne. Son vrai propriétaire, Denaud qui habite Cholet, ne vient qu’aux beaux jours. Ce n’est pas la première villa que Grand a cambriolée, lorsque le train l’a déposé à La Baule début décembre. Seulement cette grande villa, près d’un grand Christ en croix, l’a tout de suite séduit. Face à la mer, hors des chemins fréquentés, légèrement surélevée pour une bonne observation, elle lui offre un refuge parfait. Il a verrouillé la grande porte d’entrée. Un système de cordes, partant de la porte principale et de la fenêtre de la cuisine, vers un arrosoir plein d’eau posé en équilibre, lui sert de système d’alarme en cas d’intrusion.

Sa promenade au grand air lui ayant donné faim, Grand se met à plumer deux poulets et un canard. Il les a volés chez Loday, le boulanger du Pouliguen. Il avait repéré les lieux plusieurs fois et l’avant-veille, vers deux heures du matin, il a franchi la clôture de fer du jardin, fracturé la porte du poulailler pour repartir avec une douzaine de volailles. Maintenant il les plume pour préparer son festin de Noël. S’il n’a personne avec qui partager cette fête, il veut se faire plaisir avec un bon repas : à vingt-quatre ans, il a bon appétit. Sa corvée accomplie, Grand monte dans sa chambre, allume une lanterne à pétrole, sans aucun risque d’être vu ; la pièce donne sur la mer et il a pris la précaution de calfeutrer la fenêtre pour ne laisser passer aucune lumière. Ce soir, il choisira de lire : La bête humaine de Zola. Il s’endormit au moment où Jacques Lantier, après avoir entendu le récit du meurtre auquel sa maîtresse Séverine a participé, voit dérouler dans sa tête des images qui l’empêchent de dormir : « Le couteau entrait dans la gorge d’un choc sourd, le corps avait trois longues secousses, la vie s’en allait en un flot de sang tiède, un flot rouge qu’il croyait sentir lui couler sur les mains. Vingt fois, trente fois, le couteau entra, le corps s’agita. Cela devenait énorme, l’étouffait, débordait, faisait éclater la nuit. Oh ! donner un coup de couteau pareil, contenter ce lointain désir, savoir ce qu’on éprouve, goûter cette minute où l’on vit davantage que dans toute une existence ! »

Affalé dans un fauteuil, Grand apprécie cet après-midi de Noël, quoiqu’il se sente un peu lourd : il a trop mangé. Trop bu aussi. Il a accompagné son poulet et ses pommes de terre de deux bouteilles de saint-émilion, pour terminer sur deux verres de liqueur et des biscuits nantais au champagne. Il s’est approvisionné au « café des Marsouins », l’établissement de Tellier, qu’il a cambriolé la nuit du 19 décembre. La porte du café avait résisté aux coups de levier qu’il avait exercés avec sa barre de fer. Il avait finalement réussi à pénétrer dans la boutique en arrachant les gonds de la porte de la cuisine qui donnait sur l’arrière. Il était en sueur après cet exercice, mais le butin en valait la peine : quatorze bouteilles de liqueur, neuf de champagne, quatre de saint-émilion, douze bougies, des allumettes, du sucre, du vinaigre, neuf de boîtes de conserve, des biscuits nantais… de quoi passer un bon réveillon. Deux tours lui furent nécessaires, un panier dans chaque main et un sac d’alpiniste sur le dos. Bien pratique ce sac, il l’avait chapardé dans le chalet « Les korrigans » qui appartenait à Carrouget, un directeur d’école de Neuilly-sur-Seine. Pour ce chalet-là, avec tous les livres d’école qu’il avait emportés, il lui avait fallu deux tours également.

Grand aime bien les livres d’école ; il prend particulièrement plaisir à lire les histoires qui accompagnent les leçons de morale. Bien que la sexualité ne soit jamais abordée dans ces livres, il sait que ce qu’il va faire maintenant n’est pas bien. Il ne peut cependant étouffer le désir qui monte en lui. Il en connaît l’origine, la petite bergère. Depuis trois jours, il passe ses après-midi à l’observer. Il l’a découverte en faisant son tour d’observation dans le grenier. Sur toutes les faces de la toiture, il a fait sauter quelques ardoises à hauteur de sa vue. Il a ainsi une vision parfaite de ce qui se passe autour de lui, sans risque d’être vu… Au nord, il avait l’habitude voir le champ avec la petite cabane toujours vide. Et puis elle était venue avec ses moutons mercredi dernier. Le premier jour, il s’était simplement assuré que ce n’était pas une menace pour lui. Le deuxième, il l’avait détaillée. Il était même sorti pour l’attendre sur le chemin afin de la voir de plus près. Elle était jeune, une quinzaine d’années ; sa poitrine pointait à peine sous son corsage. Son visage, ni laid ni joli, était très expressif. Elle dégageait une grande joie de vivre quand elle souriait. Son regard restait cependant farouche. Un charmant petit animal sauvage, pensa Grand, sûrement vierge. Il le lui fallait. Le soir même, il avait fracturé la porte de la petite cabane avec une idée derrière la tête.

L’esprit un peu embrumé par l’alcool, Grand se lève prend sa longue-vue qu’il a dérobée dans la villa Sénaphon, toute proche de son repère, et monte dans le grenier. La petite tricote près de la cabane. Elle est absorbée par sa tâche. Une fille sérieuse, se dit Grand. Il focalise bien sa longue-vue sur la jeune fille, la stabilise contre le rebord d’une ardoise pour une longue observation. Il remarque que lorsqu’elle s’arrête de tricoter, machinalement elle presse les deux mains contre les côtés de sa poitrine. Un geste rapide et spontané. Cela excite fortement Grand. Il déboutonne son pantalon, enveloppe son sexe de sa main. Les tressautements de la lunette qui fatigue sa vue, ne l’empêchent pas d’éjaculer au troisième effleurement de la poitrine qu’il surprend.

Grand reste un peu hébété. Il se sent mieux. Il remet de l’ordre dans sa tenue, range sa longue-vue, se lave plusieurs fois les mains. Sa décision est prise, il va assouvir complètement son désir.

Et Jules Grand va tuer et tuer encore. Son procès se déroulera à Nantes dans une effervescence nationale. Le criminel qui a fait trembler Loire-Atlantique et Vendée est fier de lui. Il jouera le fou… En vain. Il sera exécuté.

Pour cette exécution, Anatole Deibler s’accorda un satisfecit ainsi qu’au condamné : « Grand a montré du courage. Il est mort dignement. Pourtant quand je lui faisais la toilette, il tremblait sur son escabeau, je l’ai bien senti. » Un journaliste commentera : « Il a eu le courage des criminels qui savent qu’on les regarde et les guette. C’est un triste courage fait de honte et de vanité. »

Haine maternelle, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 10 euros en livre broché.

L’enfant assassin – François 12 ans

L’enfant assassin

François, 12 ans

L’enfant assassin, publié chez 3E éditions, au prix de 3,99 euros en e-book et 10 euros en livre broché.

François lance avec rage une pierre à angle aigu dans la rivière du Bono qui coule à ses pieds. Il en ramasse une autre et une autre encore avec toujours cette violente colère dans ses yeux bleus.

Non ! non et non, je n’irai pas chez cet Adilias.

Le fermier Vincent Adilias l’attend… Jusqu’ici, il ne l’a jamais rencontré. Une chose est sûre, il va devoir aller travailler chez lui.

À ses pieds, la rivière du Bono fait des remous. Des mouettes se posent à contre-courant, puis très vite remontent le bec plein d’un poisson. Ici, les remous grossissent, débordent même. Parfois, elle sort de son lit.

François entre dans l’eau jusqu’aux cuisses. Elle est froide, froide comme le monde, froide comme la vie. Maman ne m’aime pas. Papa ne m’aime pas. Et maintenant voilà grand-mère qui ne m’aime plus. La preuve, elle me laisse partir chez cet Adilias.

La ferme de Vincent Adilias n’était pas une très grosse ferme, mais elle était très bien entretenue. Le fermier et son épouse s’en étaient toujours occupés tout seuls, même si son frère et son père venaient leur donner un coup de main en cas de besoin.

Seulement, Yvonne était décédée voici un mois et son veuf ne fournissait plus. Il avait trente-cinq ans. Il s’était marié tard avec Yvonne et ils avaient mis du temps à avoir des enfants. Finalement, ils en avaient eu deux : Gaëlle, âgée de sept ans, et Yvon, âgé de cinq ans. L’homme et la femme avaient fait un mariage d’amour et les petits en étaient le fruit.

Quand pour la première fois, Vincent Adilias rencontra François Dicondale, il comprit tout de suite que l’enfant de douze ans, malgré tout le bien qu’en disait son père, n’était pas facile. Tout d’abord, il devait venir le 5, son père ne l’emmena que le 6. Comme Dicondale donnait l’impression d’être un homme de parole, le problème venait donc de son fils. Vincent Adilias eut le sentiment que l’enfant ne venait pas chez lui de son plein gré.

La table est desservie, Vonvon, maintenant, est endormi. Le fermier tresse un panier. Madeleine file le chanvre et Gaëlle enroule le fil. François frotte sur un couteau une pierre à affûter. Il ouvre grand les oreilles. De sa voix douce et enveloppante, la jeune fille touche son cœur. Il l’aime plus de jour en jour.

L’arrivée de François à la ferme avait distrait Gaëlle de la perte de sa mère. Depuis l’entrée de Madeleine, elle avait eu du réconfort. La petite fille était très docile et n’avait pas eu de mal à s’adapter à cette nouvelle présence féminine. Même si, bien sûr, Madeleine ne pourrait jamais remplacer sa mère.

La première fois que la fillette vit François Dicondale, elle surmonta sa timidité et se dirigea droit vers lui en lui tendant la joue, le garçon l’embrassa machinalement, puis l’ignora. Gaëlle, qui écoutait leurs pères discuter, toute prête à s’ouvrir à cette nouvelle relation, en conçut une légère amertume qui perdura quelques jours. Une probation durant laquelle François fit comme si elle n’existait pas.

Lui remarquait surtout Vonvon et il était en opposition continuelle avec l’enfant.

Aujourd’hui, c’est vendredi, un jour maigre : le jour du poisson. À cette époque à Plougoumelen, on mange peu de poisson et guère plus de crustacés. En tout cas, jamais d’huîtres. Pourtant il est une journée où, pour le coup, moules, bigorneaux et palourdes vont rassasier tout le monde, c’est le Vendredi saint.

Les femmes ont relevé leurs jupons et les hommes leur bas de pantalon, tout en gardant bien enfoncé leur chapeau sur la tête. Elles portent comme d’habitude leur coiffe blanche, meilleure protectrice contre le soleil. C’est la petite révolution annuelle. On chante, on siffle en ramassant les coquillages. Les enfants eux se courent après. Il fait étonnamment beau.

Il suffit de se baisser pour prendre des palourdes. Les crustacés seront la nourriture de la journée en plein air. Plus du pain et quelques oignons pour rehausser ce goût auquel on n’est pas habitué. Plus encore du cidre pour ôter l’arrière-goût.

François feint de ne pas prêter attention à Madeleine. Elle, elle ne le voit pas, uniquement préoccupée par sa pêche et soucieuse des enfants de Vincent Adilias. L’adolescent lui est indifférent. Peu lui importe s’il triche un peu pour se retrouver plus souvent qu’à son tour dans le champ de ses jambes.

Conscient qu’il avait sévèrement puni François, Vincent Adilias était satisfait. Il comptait que cela lui serve de leçon afin qu’à l’avenir il ne fasse plus de mal à son fils.

Hier, François a réussi à finir son petit cheval ; à chaque entaille dans le bois, il voyait devant lui les yeux verts et le visage plein de taches de son de Madeleine. Depuis déjà pas mal de temps, il lui laissait entendre que bientôt il lui offrirait un merveilleux cadeau… Elle l’écoutait sans rien dire, prêtant peu d’attention à ses propos d’enfant. Son petit cheval, c’était son chef-d’œuvre. Madeleine en le découvrant pousserait des cris de joie. Il prévoyait des embrassades. Il en était sûr, après elle l’aimerait non pas comme un enfant, mais comme un homme. Éternellement… Sa sculpture était un vrai bijou.

Pour mieux capter la confiance de Vonvon, François lui caressait les cheveux, ravalant sa répugnance.

La journée s’annonçait exceptionnelle, elle serait simplement, hélas, unique.

Puis, François donna un petit bisou à Vonvon et lui glissa à l’oreille.

À tout à l’heure, t’oublie pas, je t’attendrai. J’ai plein de choses à te montrer.

Oui, fut la réponse de Vonvon, qui ne pouvait imaginer la duplicité qui se dérobait dans le regard de son nouvel ami.

Sitôt dehors, François eut un mauvais sourire. Il allait voir ce qui l’attendait ce chouchou à tout le monde. Il n’avait que cinq ans, et alors ! Sa décision était ferme : aujourd’hui, il le tuerait. Plus jamais il ne viendrait s’intercaler entre Madeleine et lui.

Le crime d’un enfant est exceptionnel. Cette affaire secoua la Bretagne. François, un enfant comme les autres, mais animé d’une passion d’homme avec la jalousie qui va avec. À Plougoumelen, près de Vannes.

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Les cornes de pierre – une nouvelle enquête du juge Nourry

Le roman Les cornes de pierre de Jean-Paul Grellier est au cœur de l’enquête. Dans ce roman, une nouvelle fois, le juge Simon Nourry est envoyé à Fontenay-le-Comte, en Vendée pour élucider une affaire qui va générer de nombreux rebondissements.

Durant l’enquête, un procureur tremblera derrière son magnifique bureau Louis XV.

Nous sommes en 1817, dans un bateau qui approche de la Vendée, le marquis Maximilien de Salenceau rentre au pays, après un exil au Canada, où il s’est fait oublier. Étrange homme, il y a une trentaine d’années, il a été condamné à mort par contumace. Plutôt que de se retrouver au bagne pour ses crimes, il s’est enfui avant son procès et a filé au Québec, là où personne ne le connaissait sous son vrai jour.

Pourquoi, déjà, les magistrats rêvaient-ils de le pendre ? Dans la paisible bourgade de Fontenay-le-Comte, plus personne ne s’en souvient. Mais le marquis, lui, n’a pas oublié, loin de là. Il revient pour se venger et récupérer et son titre, et son château et ses terres vendéennes.

Mais qui donc les occupe à présent ?

Le marquis, aujourd’hui, a pris de l’embonpoint, il a tellement bourlingué que ses cheveux en sont devenus tout gris. Il a aussi une étrange balafre sur son sein gauche…

Les cheveux au vent, il se tient sur le bateau qui le ramène en France avec son fidèle compagnon, qui a été constamment à ses côtés durant les bons et mauvais moments, durant 30 ans. Mais bon, pas de sensiblerie, c’est bon pour les femmes et les enfants, le marquis sort discrètement son poignard effilé et l’enfonce dans le cœur de son ami, puis il soulève le cadavre et le jette dans l’océan. Un de moins, pensa le marquis.

Je suis désolé, mon vieux, tu représentais un trop grand risque, murmura le marquis en guise d’oraison funèbre…

 

Le marquis n’est pas le seul à revenir en Vendée pour régler des comptes, un autre, le jeune capitaine Fouildrit aussi. Il est accompagné de son aide de camp Gomêche.

Le capitaine n’avait pas encore atteint la trentaine. Les peintres d’église des temps jadis l’auraient volontiers recruté comme modèle pour leurs madones tant sa beauté avait quelque chose d’angélique. Sa voix au timbre efféminé aurait plus dans tous ces salons secrets où se pressaient les bougres en mal d’hédonisme.

L’autre soldat, qui répondait au nom de Gomêche, paraissait bien plus âgé, mais les rides qui tailladaient son front et ses joues s’étaient davantage creusées par l’effet du vent, du soleil ou des frimas de sa vie militaire que par le poids des années passées.

Gomêche n’avait ni patrie, ni domicile, ni famille. À dix-sept ans, quand il s’était engagé dans l’armée portugaise, Pedro Alvaro Gomes Pinheiro ne connaissait de son pays que les rues pouilleuses et malfamées du quartier de l’Alfama à Lisbonne et ce qu’en disaient les vieux marins dans les bouges de la Ville Basse près du Tage. Des horizons lointains, des caravelles en partance pour les Moluques ou les Quarantièmes rugissants. Des rêves d’une époque disparue à jamais. Il alla de garnisons en citadelles, dans l’arrière-pays, se soumettant aux ordres secs de ses capitaines, aux quolibets et aux vexations des officiers, de jeunes cadets de bonne lignée. Un jour, à la caserne, parvinrent des rumeurs étouffées et probablement quelque peu déformées : là-bas, quelque part au-delà des montagnes, les pauvres du royaume de France avaient brûlé tous les châteaux, enfermé les seigneurs et coupé les têtes du roi et de la reine. Pedro Alvaro se mit alors à vouloir donner un sens à ces mots bizarres : liberté et égalité.

Le capitaine Fouildrit et Gomêche arrivaient à Vouvant. La haute muraille de pierre qui entourait l’antique cité protégeait toujours la ville d’un féroce ennemi qui n’existait plus que dans les histoires. Située trop à l’écart des nouvelles routes qui sillonnaient le pays, Vouvant semblait endormie, frileuse, lourde de son passé médiéval et légendaire. Le haut donjon qui s’élançait dans le ciel ne servait plus guère que de nichoir pour les corneilles ou quelques chats-huants. Mélusine, dit-on, l’avait construit en une seule nuit, transportant dans sa dorne les pierres qu’elle avait récupérées on ne sait où. Pauvre fée qui, chaque samedi, devait se transformer en monstre, mi-femme mi-serpent à écailles, que son époux ne devrait jamais contempler. Étrange fée qui n’avait trouvé comme plaisir que l’idée saugrenue de poser des tas de donjons là où il ne venait plus personne.

Tandis que les charbonniers, ces carbonari agissaient en secret. Comment faire pour infiltrer la société secrète ?

Simon Nourry occupait depuis plus de trois ans, les fonctions de juge d’instruction chargé des affaires criminelles au tribunal de Bourbon-Vendée, chef-lieu du département. Les plis détrempés de sa cape et les traces de boue, que le piétinement de son cheval avait projetées sur son visage juvénile, accentuaient cette apparence de mélancolie et de mal de vivre qu’on lui connaissait. Mais un observateur particulièrement attentif aurait d’abord remarqué, au fond de son regard, cet étranger éclat que l’on rencontre d’habitude chez le chasseur, marque d’une intense excitation à l’approche d’un nouveau gibier à poursuivre.

À ses côtés, Jean-Jeanneau, caporal-chef dans le corps des gendarmes à cheval, avait été nommé comme agent supplétif au tribunal d’instance, à cause du manque crucial de personnel disaient certains, pour ses évidentes qualités de perspicacité et de débrouillardise, affirmaient les autres.

Un homme, un vagabond, semblait-il, avait été poignardé dans la forêt. Le procureur Charles-Henri Auzanneau avait ordonné au juge Nourry de mener l’enquête et de trouver le coupable.

 

Vous devriez être plus prudent dans vos relations. Monsieur Nourry. Vos rencontres épisodiques avec une tenancière de bordel, la belle Daphné, sont particulièrement imprudentes. Surtout pas les temps qui courent.

Le jeune magistrat en était parfaitement conscient, mais son univers sentimental était comme l’océan lors des grandes marées quand il disparaît à l’horizon ne révélant que des étendues vides et caillouteuses. Daphné n’était là que pour combler ce vide. De douces caresses, l’espace d’un instant, la chaleur d’une femme, une jouissance fugace et réconfortante.

Les deux enquêteurs du tribunal n’eurent guère le temps d’admirer les magnifiques bas-reliefs du portail d’entrée de l’église. Ils suivirent Jean-Baptiste Poussard, juge de paix dans la commune de Vouvant, qui traversa la nef à grandes enjambées et s’enfonça littéralement dans le mur. Un étroit passage, caché dans la pierre et quasiment invisible, conduisait à une crypte.

Voilà le corps de Barnabé, Monsieur Nourry. Nous l’avons gardé au frais, ici, juste pour que vous puissiez l’examiner, dit le juge de paix.

Le cadavre fut examiné.

 

De son côté, Héloïse, qui allait jouer un rôle déterminant dans l’affaire, essayait de faire oublier ses activités ambiguës à la cour de Napoléon.

Il y avait aussi l’intervention de ce maître d’armes… Fallait-il accorder du crédit à ceux qui dénonçaient un sous-lieutenant dans la cavalerie ? Écarter le notaire de Parthenay ?

Et le juge Nourry et son caporal-chef repartirent. Le crépuscule commençait à envelopper de ses ombres inquiétantes les grands arbres de la forêt, quand Simon Nourry aperçut un gros caillou reposant sur des feuillages à proximité de l’endroit où Barnabé avait été poignardé. Un caillou étrange. Le juge s’en empara et l’observa attentivement. Il cassa la coque en deux et en sortit l’ammonite, comme on extrait une châtaigne de sa bogue.

La pierre avait été sculptée et formait des volutes en spirales, un peu comme une corne qui s’enroulerait sur elle-même.

Une corne de pierre… Une corne d’Ammon.

 

Puis les crimes vont se multiplier.

Qui tuait ? Caïn et Abel vivent-ils en Vendée ?…

À la fin, le juge Nourry trouvera des coupables qu’il n’attendait pas.

Une intrigue palpitante sur fond de guerres de Vendée.

 

Livre de 524 pages.

Livre électronique à 4,99 € disponible chez 3E éditions.

Livre broché à 16 € disponible chez Amazon.

La serpe du Maudit

La serpe du Maudit

Le roman de Pierre Rivière

La serpe du Maudit, publié chez 3E éditions, au prix de 4,99 euros en e-book.

En 1815, depuis la chute de Napoléon, la France se cherchait, c’était la Restauration. Certes les grandes puissances européennes occupaient la majorité du pays, mais les troupes restées fidèles à Napoléon avaient bien résisté. Lyon, Metz, Laon, Longwy, Sarrelouis s’étaient battues jusqu’au bout… La résistance avait néanmoins peu à peu disparu et les troupes étrangères pillaient allègrement villes et villages.

Les régions sous la coupe des Prussiens, comme la majeure partie de la Normandie, en souffraient le plus. Là où les Anglais, les Russes et les Autrichiens étaient, le peuple vivait mieux l’occupation. De l’avis général, moins d’exactions s’y commettaient.

Les préfets ne se laissaient pas toujours faire, mais ceux qui s’opposaient aux Prussiens étaient déportés ; ainsi maires, préfets et sous-préfets soucieux de leurs concitoyens furent envoyés dans les camps de déportation de Juliers et de Magdebourg. On comptait parmi eux des hommes en vue, comme Jules Pasquier, préfet de la Sarthe, frère du ministre de la Justice. Le préfet du Loiret lui aussi, Alexandre de Talleyrand, bien que cousin du président du Conseil sera déporté.

De nouveaux préfets furent nommés. Le pouvoir fit des efforts pour trouver des modérés. Mais le peuple, que l’occupation étrangère affamait, ne supportait plus rien. Frédéric d’Houdetot, à Caen, faillit être lynché par une population excédée qui ne jurait que par le duc d’Aumont, royaliste pur et dur. Un peu partout des faits semblables se produisirent, Stanislas de Girardin fut pris à partie simplement parce qu’il avait été préfet de Napoléon durant les Cent jours.

Avec les élections nationales, les notables du pays envoyèrent des députés ultraroyalistes à la Chambre. Au sud de la France, la société secrète royaliste, les Chevaliers de la Foi, se développait. Les journaux royalistes comme La Quotidienne réclamaient la confiscation de tous les biens des bonapartistes, ainsi que ceux des républicains, accusés d’avoir voté la mort de Louis XVI. Les bonapartistes, comme les républicains, se gardaient de parler à voix haute, les ultras tenant le haut du pavé.

Le ministère Talleyrand-Fouché, centriste, tenait pourtant bon.

C’est dans ce contexte difficile, que s’ouvrit la conférence pour la paix en juillet, où les occupants débattirent du meilleur moyen de dépecer la France. C’est tout naturellement qu’Hardenberg, le Prussien, demanda Lille, Metz, Dunkerque, Mulhouse, Strasbourg, Belfort… Par chance, le tsar entendait garder une France forte. La Russie l’emporta. Les propositions étrangères devinrent plus raisonnables, mais néanmoins terribles. Outre l’occupation du nord et de l’est de la France durant cinq ans, Sarrelouis, Landau et Sarrebourg, places fortes, ne seraient plus françaises et la France devrait verser huit cents millions aux vainqueurs !

C’était tellement que Talleyrand démissionna.

Richelieu le remplaça.

Le traité sera signé le 20 septembre 1815 et ce jour-là, le duc de Richelieu pleura…

Maintenant les hommes qui dirigeaient le pays, Richelieu, petit-fils du maréchal, et Decazes redoutaient leur Chambre, tellement ultra qu’elle n’avait qu’une idée : passer par les armes tous les anciens bonapartistes, ainsi que les républicains s’il en restait.

Les ultraroyalistes aux rênes du pays, l’opposition républicaine n’avait plus comme alternative que la clandestinité. Face à la répression, une France souterraine va se construire et se mettre à comploter.

C’est le XIXe siècle, le développement des sociétés secrètes est impressionnant. Les Chevaliers de la Foi, la société des Francs régénérés, les Bandouliers et la Charbonnerie étaient les plus puissantes d’entre elles. Elles avaient des ramifications dans la France entière. La royauté ne savait plus où donner de la tête.

La Normandie, en particulier, voit les prêcheurs des Chevaliers de la Foi essayer de ramener les brebis égarées dans le giron de l’Église, tandis que la Charbonnerie fait son possible pour faire contrepoids.

Les armées étrangères quittent la Normandie, mais la laissent dévastée. Les Normands sont affamés.

C’est dans ce contexte national de turbulences que Pierre Rivière vient au monde. Son père va de ferme en ferme pour se louer. Il finit à force de dur labeur par avoir lui aussi une maison. Hélas, il a une épouse épouvantable, dépensière, elle fait des dettes dans tous les magasins de Caen, où le père de Pierre passe ensuite pour rembourser ses folies. Tout ce qu’il gagne y passe.

La mère de Pierre, femme fragile psychologiquement, n’aime pas son mari, elle fait pourtant des bébés, car elle aime la maternité. En fait, elle aime surtout être enceinte. Son fils Pierre ne l’intéresse pas, pire, elle le déteste.

De son côté, l’enfant, puis l’adolescent assiste impuissant au calvaire de son père, tant la mésentente conjugale est totale.

Sa mère passe son temps à aller pleurer auprès du juge de paix, sensible à cette petite femme qui a l’air honnête. Elle calomnie son époux, mais le juge n’y voit que du feu. Tout le village, en revanche, est du côté du père de Pierre, une pétition est signée pour lui venir en aide, avec le maire de la commune en tête.

Finalement, la mère de Pierre décide de mettre carrément son mari à la porte. Elle le renvoie chez sa mère. Elle en profite pour chasser aussi Pierre et le plus jeune de ses fils. Les enfants sont privés d’amour maternel.

Pourtant Pierre aime sa mère, il voudrait que ses parents se réconcilient, il voudrait tant que sa mère l’aime. Maintes fois Pierre va frapper à sa porte, quêtant un peu d’affection. À chaque fois, elle le repousse et le chasse à coups de bâtons. Le désespoir gagne Pierre. La maladie mentale le gagne, il commence à envisager le meurtre de sa mère.

Elle, elle continue ses achats compulsifs dans les magasins de Caen en disant : « Mon mari viendra payer. » De fait, pour ne pas être déshonoré, il passe derrière elle pour éponger ses dettes… Il paie comme le lui a ordonné le juge de paix.

Pendant ce temps, le peuple chante les chansons de Béranger.

À cette époque où les chansons de Béranger dérangeaient tellement que régulièrement il passait en procès et finissait en prison aux motifs qu’il avait outragé les bonnes mœurs, la morale religieuse et le roi, les charbonniers parisiens se réunissaient à la nuit tombée à la bibliothèque de l’Arsenal, avec le conservateur Charles Nodier et le député de Vendée Jacques Manuel.

En Normandie comme dans toute la France, les textes satiriques de Béranger connaissaient un immense succès. Ils gagnaient les provinces les plus reculées et tout le monde les reprenait en chœur en se moquant des puissants.

Béranger était aimé dans la Charbonnerie qui se multipliait dans des groupes appelés ventes.

Pierre, lui, apprend la Bible, grâce à son maître d’école. Il récite : Rends-moi justice, Éternel, car je marche dans l’intégrité. Sonde-moi, Éternel, prouve-moi, fais passer au creuset mes reins et mon cœur… Je hais l’assemblée de ceux qui font le mal, je ne m’assieds pas avec les méchants. Je lave mes mains dans l’innocence.

Pierre va se reconnaître dans le Dieu de Justice, cette justice que ni lui ni son père ne connaissent. Il demande à Dieu d’armer son bras.

Plus il lit la Bible, plus il se dit que Dieu l’a choisi pour venger son père et rétablir la justice dans sa famille. Il faut faire disparaître le monstre qu’est sa mère. C’est ça la justice. Puisque personne ne leur vient en aide, il va être le bras de l’Éternel.

Sa sœur prend parti pour sa mère, alors, comme elle, elle doit disparaître.

Pierre et son père vivent avec le petit frère de Pierre, dont la mère ne veut plus non plus. Son père et lui adorent l’enfant. Aux yeux de Pierre Rivière, dont la santé mentale a déjà chaviré, lui aussi doit disparaître, il sera l’agneau sacrifié.

Et dans le mémoire passionnant qu’il rédigera en prison, il expliquera ce fratricide ainsi : j’allais commettre le crime de parricide contre ma mère et tuer ma sœur, je serai donc guillotiné. Il fallait que mon père n’en souffre pas. Il fallait donc qu’il me déteste. En tuant mon petit frère qu’il aime par-dessus tout, j’étais sûr qu’il me détesterait.

Et le justicier Pierre Rivière va agir de manière sanglante. Parricide, fratricide, matricide… Après, pris de remords il errera à travers la campagne. Il finira par être arrêté.

Il sera jugé. Au juge, il dira : « Oui, Monsieur, une heure après mon crime, ma conscience me disait que j’avais mal agi et j’aurais pas recommencé ».

Une phrase terrible qui le fera juger responsable, malgré les nombreux témoignages qui viendront expliquer que Pierre Rivière était fou. Schizophrène.

Au procès d’assises, le 12 novembre 1835, les jurés condamnèrent Pierre Rivière à la peine de mort.

Le pourvoi en cassation fut rejeté le 15 janvier 1836.

Mais, curieusement, à peine avaient-ils décidé que Pierre Rivière méritait d’être exécuté, que dix des jurés se ravisaient et déposaient un recours en grâce auprès du roi.

Le roi accorda sa grâce le 10 février. La peine fut commuée en réclusion perpétuelle.

L’incarcération aggrava sa folie. Il se croyait mort.

Finalement, il se suicidera en prison.

En ce temps-là, on ne connaissait pas la schizophrénie. On ne concevait pas qu’un malade mental puisse être intelligent, qu’un malade mental puisse avoir des moments de lucidité.

La serpe du Maudit, publié chez 3E éditions, au prix de 4,99 euros en e-book.

Ils sont venus pour nous : Olga Bancic et Joseph Boczov

Ils sont venus pour nous, Olga Bancic, Joseph Boczov

Ils sont venus pour nous, publié chez 3E éditions, au prix de 4,99 euros en e-book.

En Roumanie, après la Première Guerre mondiale

Avec la montée d’Hitler en Allemagne les pays voisins sont percutés de plein fouet, la Roumanie n’y échappe pas. Le pays est en plein essor économique pour se reconstruire après les ravages de la Première Guerre mondiale.

Dans le pays, c’est un roi qui dirige.

Deux grands courants politiques vont se côtoyer et s’affronter.

L’avocat Corneliu Zelea Codreanu va faire parler de lui. Durant la guerre de 14, il est jeune, mais, à 17 ans, il se porte volontaire pour défendre la patrie en danger. Plus tard, il dira qu’il a été subjugué par ses supérieurs qui, au front, lui inculqueront l’amour de la patrie et le sens du sacrifice. Très vite, il est gagné par les idées d’extrême-droite.

Parallèlement, les ouvriers s’organisent. La Russie est de l’autre côté de la frontière, les idées révolutionnaires font leur chemin dans le monde ouvrier. Olga Bancic, petite ouvrière de 13 ans dans une fabrique de gants, va être touchée. Syndicaliste active, elle se bat pour améliorer les conditions catastrophiques du peuple.

Ana Pauker

Pendant ce temps, Joseph Boczov est lycéen ; mais les idées révolutionnaires atteignent jusqu’à ses enseignants, son professeur d’Histoire en particulier ne cache pas sa sympathie pour le parti bolchevique qui a pris le pouvoir et édifie l’URSS. Joseph Boczov est un adolescent bouillonnant, il va rejoindre le microparti communiste roumain et il va y rencontrer un leader qui marquera l’Histoire, Ana Pauker, qui le fascinera pour toute sa vie. Quand il combattra en Espagne contre Franco, il donnera le nom d’Ana Pauker à son bataillon. Et quand elle lui demandera de devenir paysan pour prêcher dans les campagnes, il répondra oui. Il répondra encore oui, quand elle l’obligera à épouser une ouvrière inconnue pour faire de l’agit-prop dans une des plus grosses usines roumaines.

Le traité de Saint-Germain, signé le 10 décembre 1919, avait exigé de la Roumanie l’émancipation des Juifs. Un ancien préfet résumait assez la pensée d’une partie de la population en déclarant : « Le traité nous agenouille devant les djidani », mot péjoratif pour désigner les Juifs. Progressivement les dirigeants du pays y firent accroc sur accroc.

La montée du fascisme en Roumanie

Cela commença par une propagande, dénonçant tous les Juifs comme étant des agents bolcheviques, organisée par le général Arthur Vaitoianu. De grandes affiches, intitulées : « Les bêtes rouges » furent placardées un peu partout par la police, montrant bien qu’il ne s’agissait pas d’une initiative isolée, mais venant directement du sommet de l’État. Bien entendu, cela entraîna les réactions escomptées, des Juifs furent pris à partie. On les persécuta dans les trains, dans les lieux publics… À Léova, on arrêta tous les Juifs. On les accusa d’avoir insulté l’armée et l’État, ils furent emprisonnés, on finit par les libérer, mais après maints palabres.

L’antisémitisme gagnait le pays tout entier, à tous les échelons, on accusait les Juifs d’être des communistes et de vouloir détruire la royauté. Sur ce terreau, les nationalistes s’organisaient.

Dans le programme du Parti national démocrate, qui claironnait son antisémitisme, on pouvait lire, article 45 : « Il faut résoudre le problème juif :

  • Par l’élimination des juifs qui permettra le développement des forces productives des Roumains, et
  • par la protection des entreprises de ces derniers. »

Dans la même période, une roumanisation intensive fut déclenchée : le Dr Anghelescu, ministre de l’Instruction publique, estimant qu’il y avait trop d’écoles juives, commença par les mettre au pas, avec l’idée bien arrêtée de les faire disparaître. Le tout jeune lycée juif de Chisinau notamment fut fermé.

Le collège de Cluj-Napoca accueillait des étudiants, même des Juifs, dont Ferenz Wolf. La ville va être le terrain d’une montée d’antisémitisme d’une rare violence. L’imprimerie d’un journal sera détruite. Les insurgés s’en prendront aux lycéens juifs. Ferenz Wolf se battra, il sera ramené chez lui entre deux gendarmes, au grand désarroi de son père, qui était très fier de sa respectabilité et qui ne le lui pardonnera pas.

Le leader antisémite Corneliu Zelea Codreanu

L’avocat Corneliu Zelea Codreanu tenait une tribune dans le grand amphi à l’école de Pharmacie, avec ses compagnons. Derrière eux, lors des meetings, ils avaient placé un drapeau géant aux couleurs de la Roumanie, avec en plus au milieu la svastika : croix gammée symbole de l’antisémitisme, dont ils étaient fiers. À chaque fois qu’ils se produisaient, l’amphi était plein… Dans quelques années, plusieurs d’entre eux accéderont au pouvoir.

Pour les nationalistes, il n’était pas question d’assimiler les Juifs au reste de la population. Un Juif épousant une chrétienne leur paraissait comme le pire des crimes. Le Pr Cuza était pris d’une véritable frénésie antisémite. En tribune, il criait aux Juifs : « Partez du pays tant qu’il est encore temps pour que vous ne vous noyiez pas dans votre sang. Avant ma mort, je veux voir le sang des Juifs mêlé à la boue ».

Son disciple et ami Corneliu Zelea Codreanu passa à l’acte sans tarder, comme il le raconta plus tard dans ses mémoires.

« Il nous fallait frapper les rabbins ; si nous avions eu les moyens, nous les aurions visés tous, mais nous étions peu nombreux et nous décidâmes de nous attaquer qu’aux grands rabbins de Bucarest. Nous fîmes ensuite notre choix parmi les banquiers : Aristide et Mauritiu Blank, qui ont corrompu tous les partis et tous les hommes politiques roumains… Nous passâmes ensuite aux Juifs dans la presse : les plus insolents, les empoisonneurs d’âme. Nous désignâmes parmi eux : Rosenthal, Filderman, Honigman… Nous partîmes par groupes pour Bucarest… »

Corneliu Zelea Codreanu à Strasbourg

Corneliu Zelea Codreanu vint à Strasbourg pour poursuivre ses études. Voici ce qu’il écrivit :

« Ce qui m’impressionna par-dessus tout, ce fut de voir cette ville, contrairement à ce que j’attendais, infestée de juifs… En descendant du train, je croyais rencontrer le type de la race gauloise qui a marqué par sa bravoure sans égale les siècles de l’Histoire. Je n’apercevais au contraire que des visages crochus et avides de juifs qui me tiraient par la manche pour me faire entrer dans leurs boutiques ou dans leurs restaurants. La majorité des restaurants de la rue de la gare étaient juifs. En France, où les juifs passent pour assimilés, tous ces restaurants, comme chez nous, ne servaient que de la cuisine Cacher. J’allais de restaurant en restaurant pour tâcher d’en trouver un qui fût chrétien. Mais à la devanture de chacun d’eux, je voyais écrit en yiddish : « Restaurant Cacher ». Nous eûmes beaucoup de peine à dénicher un établissement français, pour y prendre notre repas… Entre les juifs de Târgul Coucouli et ceux de Strasbourg, je ne voyais aucune différence. C’était la même figure, le même jargon, les mêmes manières, les mêmes yeux sataniques où l’on devine, derrière l’obséquiosité de façade, une âpre envie de voler. »

Deux de l’Affiche rouge

Avec la montée du fascisme en Roumanie, Olga Bancic et Joseph Boczov préférèrent quitter la Roumanie, avec leurs camarades, Joseph Epstein, Mihaly Patriciu, Andrei Dragos Sas, et tant d’autres. La majorité d’entre eux se dirigèrent vers l’Espagne pour rejoindre les républicains espagnols en lutte contre les franquistes.

Franco prenant le dessus, les brigades internationales furent dissoutes. Les révolutionnaires roumains durent quitter l’Espagne.

Que leur arriva-t-il au camp d’Argelès-sur-Mer ?

Dans quels réseaux entrèrent-ils dans la Résistance ?

Quels furent leurs faits d’armes ?

Que devinrent-ils ?

Que devint la Roumanie ? Qui y accéda au pouvoir ?

Toutes les lettres d’adieu des 23 résistants sont dans le roman, celles qu’ils ont écrites avant d’être assassinés par les nazis, dont celle d’Olga Bancic que voici :

« Ma chère petite fille, mon cher petit amour,

Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère petite, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.

Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir.

Sois fière de ta mère, mon petit amour.

J’ai toujours ton image devant moi.

Je veux croire que tu reverras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur. Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup.

Tu ne sentiras pas le manque de ta mère.

Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie avec ton père, avec tout le monde. Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.

Adieu mon amour.

Ta mère. »

 

Le lendemain, les Allemands la décapitèrent à la hache à Stuttgart.

 

Ils sont venus pour nous, publié chez 3E éditions, au prix de 4,99 euros en e-book.

 

 

Si ce sont des hommes…

Médecins de la mort au Struthof

de Serge Janouin-Benanti

Si ce sont des hommes
3,99 € en e-book, chez 3E éditions

Le Struthof

Le Natzweiler-Struthof, nom méconnu, nom redoutable, celui du camp de concentration alsacien, où les nazis exterminèrent des milliers d’innocents.

Conformément à des plans bien préparés, les mesures hitlériennes s’appliquèrent rapidement quand l’armée allemande occupa l’Alsace-Lorraine… Avec la complicité des nazis alsaciens-lorrains, le camp de concentration de Natzweiler-Struthof fut ouvert. Des scientifiques nazis, comme Eugen Haagen, Otto Bickenbach et August Hirt y commencèrent leurs criminelles expérimentations sur les détenus.

Heinrich Himmler se vantait qu’au camp de Natzweiler-Struthof on entrait dans le silence et après on disparaissait. Personne pour se plaindre, personne pour réclamer… Nuit et Brouillard.

Plus tard, dans son ordonnance du 7 décembre 1941, le maréchal allemand, Keitel, expliquait : « On ne peut obtenir un effet d’intimidation véritablement efficace et durable qu’en appliquant la peine de mort ou en employant des mesures telles que ni ses parents ni la population ne connaissent le sort du criminel. »

Nuit et brouillard, Nacht und Nebel, nom de code pour l’opération de suppression des opposants en pays occupés… C’est ainsi que disparurent des milliers de personnes, venues de tous horizons, des Juifs, des Tziganes, des politiques, des syndicalistes, des homosexuels…

Le Pr August Hirt et sa collection de crânes

Auprès du professeur émérite August Hirt, enseignant à l’Université de Strasbourg, les idées du Führer faisaient leur chemin. Hirt était capitaine dans la SS, c’était un ami d’Heinrich Himmler qu’il avait maintes fois rencontré. Hitler voulait la disparition des Juifs de la surface de la Terre, August Hirt approuvait. Comme disait le cher professeur, « Pour sauver un Allemand, je suis prêt à sacrifier un millier de sous-hommes ». Bien sûr, il applaudit les décisions de la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, où les dignitaires nazis officialisèrent la solution finale : l’élimination de tous les Juifs présents sur le Grand Reich. Le professeur Hirt s’indignait de ne pas avoir de crânes juifs, dans son musée, alors que, disait-il, il regorgeait de crânes de singes, de sauvages des cinq continents, de nègres, d’Arabes, de Chinois, de Japonais… Aurait-il assez de temps pour en avoir ?… Le Reichsführer-SS lui avait parlé d’une capacité d’extermination d’un million et demi de personnes par an à Auschwitz. S’il y avait dix camps comme celui-là, en moins d’un an il était possible de faire disparaître tous les Juifs. Heinrich Himmler venait de lui laisser entendre que l’extermination industrielle était en place depuis près d’un an ; peut-être qu’il ne restait déjà plus que quelques Juifs ? Probablement aussi que les plus beaux spécimens étaient déjà réduits en cendres. Fort de tout cela, le Pr Hirt se dit qu’il devenait urgent de faire son marché.

À cette fin, le bon professeur envoya l’anthropologue et capitaine SS Bruno Beger au camp d’extermination d’Auschwitz, muni d’une lettre de recommandation d’Adolf Eichmann, le lieutenant-colonel des SS responsable des Affaires juives.

Le commandant d’Auschwitz, Rudolf Höss, présenta à Beger le fonctionnement du camp : « Une fois la sélection faite par les médecins SS, les détenus valides sont emmenés vers les baraquements et sont affectés au travail. Les autres, ceux qui subissent le traitement spécial, sont dirigés vers une chambre à gaz. J’en ai quatre qui fonctionnent actuellement… Au début du camp, on exécutait les détenus d’une balle dans la tête. Ça prenait un temps fou pour tuer quelques centaines de personnes et je ne vous parle pas du coût des munitions ! Après avoir inspecté le camp de Treblinka, j’ai copié leur système d’asphyxie par les gaz d’échappement. C’était plus économique, on pouvait gazer des dizaines de personnes à la fois, seulement ça prenait toujours autant de temps. J’ai bien essayé de raccourcir le délai, malheureusement la dose était insuffisante, beaucoup se réveillaient alors qu’on les enterrait. C’est moi et mon adjoint qui avons eu l’idée d’employer le pesticide qu’on utilisait pour le déverminage, le zyklon B. ; le produit s’est révélé d’une efficacité remarquable. Le Reichsführer-SS, qui a assisté à un gazage de Juifs hollandais en juillet 1942, a été très impressionné. Il m’a promu lieutenant-colonel-SS. »

Dans le camp d’Auschwitz, Bruno Beger sélectionna ses futures victimes, de vrais Juifs pour avoir de vrais crânes juifs pour la précieuse collection. Il ramena les futures victimes au camp de Natzweiler-Struthof…

L’aspirant au prix Nobel de médecine, le Pr Eugen Haagen

Le collègue du professeur Hirt, Eugen Haagen, était, lui aussi, un nazi convaincu. Il avait fait de la propagande pour Hitler à travers les USA. Le Pr Haagen était reconnu mondialement pour ses travaux sur les virus et la vaccination. À son retour d’Amérique, il avait adhéré au Parti nazi en 1937. Comme disait Heinrich Himmler, « C’est un Aryen de pure souche, il n’y a aucune contamination juive en lui depuis plus de trois générations ! On peut lui ouvrir les portes du Struthof ! »… Et on les lui ouvrit !

Pour ses expériences, le Pr Haagen voulait de préférence des Tziganes, « plus proches génétiquement des Aryens que le juif », disait-il. « Ce sont des morts en sursis, dont personne ne se souviendra… Une race de sous-hommes, moins subversive et dangereuse que le juif. » Il intervint auprès du commandant du camp d’Auschwitz. Le nouveau commandant, Liebehenschel accepta de lui en livrer une centaine, des Sinti et des Roms de nationalité allemande, polonaise, tchèque et hongroise, de sexe masculin, âgés de 11 à 64 ans. Le convoi quitta Auschwitz le 9 novembre 1943, et parvint à Natzweiler-Struthof le 12…

Les médecins nazis pouvaient faire leurs terrifiantes expériences, sans aucune pitié, jusqu’à ce que mort s’ensuive. L’impitoyable Josef Kramer, commandant du camp de Natzweiler-Struthof, leur facilitait la tâche.

La fin de Hirt et les arrestations de Bickenbach et Haagen

À la fin de la guerre, quand les alliés arrivèrent, les professeurs Eugen Haagen, August Hirt et Otto Bichenbach se sauvèrent de Strasbourg pour échapper à la justice.

Le Pr Eugen Haagen fut arrêté par les Américains en avril 1945. Les membres de l’opération Overcast s’intéressèrent à lui, il s’agissait de collecter les informations sur les armes nouvelles découvertes par les nazis. Son interrogatoire terminé, les Américains l’utilisèrent comme témoin à charge dans le procès de Nuremberg. En récompense de sa collaboration, oubliant qu’au nom de ses recherches il avait martyrisé et tué des humains, ils le libérèrent le 15 juin 1946. Les Anglais le rattrapèrent en janvier 1947 et le livrèrent aux autorités françaises qui l’emprisonnèrent.

Le Pr August Hirt, lui, se cacha. Il avait construit sa vie pour entendre des louanges, recevoir des honneurs, être respecté, considéré. N’était-il pas le doyen de la faculté de médecine de Strasbourg ? Le pionnier de la microscopie par fluorescence ? Il était le défenseur de la race, selon le Führer. Si lui était un homme bien, il fallait que les Juifs, les Tziganes et tous les autres prisonniers de Natzweiler-Struthof fussent des sous-hommes. Il fallait qu’ils s’apparentent aux singes… Son Führer avait perdu la guerre, c’était la fin, le monde s’écroulait, on allait retourner à la préhistoire. Il fallait s’en aller dignement… Et dans la forêt où il s’était réfugié, il se tira une balle dans la tête. C’était le samedi 2 juin 1945, il avait 47 ans et avait assassiné des centaines de pauvres hères, qui avaient eu le malheur de le croiser.

Si ce sont des hommes, vous êtes la pire des ordures, si ce sont des hommes, alors vous n’êtes pas un savant, vous êtes un assassin, juste un lâche assassin, Pr Hirt !

Les procès de Metz et Lyon

Après la guerre, le Pr Otto Bickenbach fut arrêté. Il passa en procès. C’est Me Floriot qui défendit ce criminel, en vantant toutes ses prétendues qualités et en oubliant ses crimes.

Les Professeurs Eugen Haagen et Otto Bickenbach furent jugés par le tribunal militaire de Metz en décembre 1952. Les deux se défaussèrent sur Heinrich Himmler, ils recevaient des ordres, ils n’avaient fait que les appliquer.

Le 24 décembre les condamnations tombèrent, avec circonstances atténuantes, non précisées, écartant la peine de mort. Le jugement fut cassé pour vice de forme par le tribunal militaire de Paris, un an plus tard, le 14 janvier 1954. Un second procès militaire s’ouvrit à Lyon en mai pour les deux médecins nazis.

Pour leur défense, ces criminels reçurent l’appui d’éminents personnages, dont celui du Pr Blanc, membre de l’Académie de médecine, directeur de l’Institut Pasteur de Casablanca.

Bien que reconnus coupables, Otto Bickenbach et Eugen Haagen virent leurs peines réduites à 20 ans de travaux forcés. Un an plus tard, ces peines furent abaissées à 10 ans et dans la foulée les deux furent amnistiés le 18 septembre 1955.

Les crimes de ces assassins ne donnèrent finalement qu’une peine bien légère au regard de leurs crimes.

Cela rappelait la phrase d’Hitler dans Mein Kampf :

« Le rôle du plus fort est de dominer et non point de se fondre avec le plus faible, en sacrifiant ainsi sa propre grandeur. Seul le faible de naissance peut trouver cette loi cruelle ».

Pauvres détenus du Struthof, ces braves médecins n’avaient fait que mettre en œuvre les thèses nazies : la destruction de vies dépourvues de valeurs, comme disait le médecin d’Hitler, le Dr Karl Brandt.

Un roman pédagogique et prenant qu’on lit d’une traite

Que s’est-il exactement passé au camp de Natzweiler-Struthof ? Quelles expérimentations ont été faites sur les prisonniers ? Quels ont été les résultats scientifiques obtenus ? Quelles furent les victimes ?… Des noms pour se souvenir, tel est l’objet de « Si ce sont des hommes, médecins de la mort au Struthof » de Serge Janouin-Benanti, aux éditions 3E éditions.

3,99 € en e-book.

Plus qu’un roman, un témoignage bouleversant.